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		<title>Pour une relance altermondialiste, sociale et &#233;cologique &#224; tous les niveaux</title>
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		<dc:date>2008-11-19T12:43:15Z</dc:date>
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		<dc:creator>Dominique Tadd&#233;i</dc:creator>

<category domain="http://www.forumgc.org/spip.php?rubrique118">Mondialisation</category>


		<description>Le pire de 1929 sera sans doute &#233;vit&#233; : nous sommes en 1933. Le pire de la d&#233;cennie suivante doit aussi &#234;tre &#233;vit&#233; : il y va de la d&#233;mocratie et de la paix dans le monde. Pour cela, il faut prendre en compte ce qui a r&#233;ussi au milieu des ann&#233;es 30 et &#224; Bretton Woods en 1944 et les d&#233;passer pour assumer les exigences altermondialistes, sociales et &#233;cologiques de notre temps. A cette fin, il faut tout &#224; la fois mettre en oeuvre un plan de relance de la demande mondiale, sociale et (...)

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&lt;a href="http://www.forumgc.org/spip.php?rubrique118" rel="directory"&gt;Mondialisation&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pire de 1929 sera sans doute &#233;vit&#233; : nous sommes en 1933. Le pire de la d&#233;cennie suivante doit aussi &#234;tre &#233;vit&#233; : il y va de la d&#233;mocratie et de la paix dans le monde. Pour cela, il faut prendre en compte ce qui a r&#233;ussi au milieu des ann&#233;es 30 et &#224; Bretton Woods en 1944 et les d&#233;passer pour assumer les exigences altermondialistes, sociales et &#233;cologiques de notre temps.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A cette fin, il faut tout &#224; la fois mettre en oeuvre un plan de relance de la demande mondiale, sociale et &#233;cologique et refonder le syst&#232;me financier et mon&#233;taire mondial ; pour financer l'ensemble, il faut &#224; la fois recourir &#224; une fiscalit&#233; r&#233;ellement redistributrice et &#224; la cr&#233;ation mon&#233;taire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le pire de 1929 a &#233;t&#233; &#233;vit&#233;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On doit et on peut sauver d'urgence le syst&#232;me bancaire : l'effondrement en cha&#238;ne de toute l'&#233;conomie avec ses drames sociaux et ses m&#233;tastases d'extr&#234;me droite est au coin de la rue. En m&#234;me temps que cela, le moins qu'on puisse attendre des gouvernements qui, partout dans le monde, tentent d'assurer ce sauvetage, c'est qu'ils mettent en place toutes les mesures de contr&#244;le et de r&#233;gulation pour que cela ne puisse plus se reproduire. Ils pr&#233;tendent vouloir le faire ; le mouvement social doit les harceler pour qu'ils tiennent parole, en s'appuyant sur le nouveau rapport de force qui s'est brutalement &#233;tabli. Pendant de longues ann&#233;es et peut &#234;tre des d&#233;cennies, tous les investisseurs potentiels ne risqueront &#224; nouveau leur argent que s'ils ont la quasi-certitude de ne pas mettre leur &#233;pargne dans des &#171; affaires &#187; dop&#233;es par la sp&#233;culation : pression de l'opinion publique et bon sens &#233;conomique sont d&#233;sormais alli&#233;s contre toutes les aventures et les f&#233;odalit&#233;s financi&#232;res. Cet assainissement drastique des m&#339;urs de la finance est la premi&#232;re condition pour que l'offre de cr&#233;dit puisse &#234;tre restaur&#233;e. Mais d&#233;sormais, c'est la demande de cr&#233;dit qui menace de s'effondrer. Or, il est plus facile d'emp&#234;cher un &#226;ne de boire que de le forcer !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sommes en 1933&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question essentielle n'est pas celle de la r&#233;cession, ph&#233;nom&#232;ne cyclique transitoire. C'est celle de la d&#233;pression et de la d&#233;flation. Autrement dit, personne ne sait jusqu'o&#249; l'&#233;conomie productive va chuter, mais surtout personne ne peut pr&#233;tendre s&#233;rieusement qu'elle pourra red&#233;marrer d'elle-m&#234;me[1] : dans les ann&#233;es 30, il fallut une seconde guerre mondiale ; au Japon, &#224; partir de la crise financi&#232;re de la fin des ann&#233;es 80, plus de dix ans et, encore la croissance n'est-elle timidement repartie, que parce que le reste de l'Asie et du monde connaissait une forte croissance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un plan de relance social et &#233;cologique&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pendant que s'ouvre, &#224; partir de la premi&#232;re r&#233;union du G20, la n&#233;cessaire n&#233;gociation pour un nouveau syst&#232;me &#233;conomique et financier, la premi&#232;re urgence est la relance de la demande, partout dans le monde. Il ne s'agit plus de sauver seulement les banques, mais l'ensemble de l'activit&#233; &#233;conomique. L'urgence est d&#233;sormais admise et commence (depuis d&#233;but novembre) &#224; &#234;tre mise en &#339;uvre (USA, Chine, Allemagne, Russie, Royaume Uni, pays p&#233;troliers[2]), mais elle pose trois questions essentielles :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;* la premi&#232;re est celle que ces relances soient aussi coop&#233;ratives que possible. A tout le moins, elles doivent absolument &#233;viter, &#224; la diff&#233;rence des ann&#233;es 30, de chercher &#224; repasser le mistigri de la crise au reste du monde. Il est l&#233;gitime de vouloir prot&#233;ger les producteurs nationaux, quand ils produisent pour le march&#233; int&#233;rieur (en raisonnant &#224; l'&#233;chelle continentale), mais il est inadmissible de continuer &#224; les subventionner quand ils exportent et tentent de prendre des parts de march&#233; &#224; leurs concurrents. Ceci signifie le caract&#232;re prioritaire d'un syst&#232;me mondial multipolaire, o&#249; l'OMC et le FMI, r&#233;form&#233;s et soumis &#224; la charte des Nations Unies interdiraient, pour la premi&#232;re, toute forme d'aide aux exportations et, pour le second, toute manipulation de changes, par une intervention conjointe avec les pays dont la monnaie se r&#233;&#233;value[3].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;* La deuxi&#232;me question, est celle de la nature de ces politiques de relance. C'est ici que les choix politiques font toute la diff&#233;rence ; la droite pr&#233;f&#233;rera les d&#233;penses militaires et s&#233;curitaires. Or, cette relance ne pourra trouver la base citoyenne n&#233;cessaire pour r&#233;tablir la confiance sans laquelle les d&#233;penses priv&#233;es ne repartiront pas, que si elles correspondent aux aspirations du plus grand nombre, c'est-&#224;-dire que si elles r&#233;pondent aux urgences sociales et &#233;cologiques incontestables. Ceci peut rev&#234;tir un caract&#232;re diff&#233;rent suivant les continents et les pays &#8211; en France, il faudrait commencer par le rel&#232;vement des minima sociaux (pour la m&#234;me somme, ce sont par n&#233;cessit&#233; leurs prestataires qui d&#233;pensent le plus et le plus vite) ; la construction de logements sociaux et des mesures drastiques d'&#233;conomies d'&#233;nergie, qui anticipe sur l'apr&#232;s Kyoto ; les d&#233;penses de sant&#233;, d'&#233;ducation et de recherche -, &#224; la condition qu'ils agissent de mani&#232;re compl&#233;mentaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le financement d'une relance de la demande mondiale&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;* La troisi&#232;me question est celle de son financement. Pour atteindre sa pleine efficacit&#233;, il doit &#234;tre &#224; la fois budg&#233;taire et mon&#233;taire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Sur le plan budg&#233;taire, la suppression de tous les all&#232;gements et exon&#233;rations consentis depuis 10 ans aux 5% les plus ais&#233;s de la population doit &#234;tre imm&#233;diat : 5% est &#233;videmment un pourcentage arbitraire, mais qui a &#233;t&#233; valid&#233;, apr&#232;s un grand d&#233;bat d&#233;mocratique, par la majorit&#233; de la population dans le plus puissant pays du monde. Le retour &#224; une fiscalit&#233; rigoureuse (excluant toute forme de &#171; niche &#187;, qu'il faut laisser aux chiens) en faveur de l'imp&#244;t progressif et de droits de succession, r&#233;duisant dans le m&#234;me temps les cotisations salariales et les plus injustes des imp&#244;ts locaux, doit compl&#233;ter ce retour &#224; un syst&#232;me authentiquement redistributif.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ceci suppose notamment qu'en Europe, on commence par constater honn&#234;tement que, compte tenu des circonstances &#233;videmment exceptionnelles d'ailleurs pr&#233;vues par le texte, le pacte de stabilit&#233; est caduc : on pourra d'ailleurs n&#233;gocier un nouveau Pacte de coop&#233;ration &#233;conomique et social (PACES), soumis &#224; la d&#233;lib&#233;ration de l'ensemble des citoyens, comme le demande le collectif des associations du GH, puis &#224; l'approbation de l'ensemble des &#233;lecteurs europ&#233;ens, lors du renouvellement du Parlement[4].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Sur le plan mon&#233;taire, la question est tr&#232;s simple pour l'ensemble des pays qui ont accumul&#233; des masses d'exo-dollars. Elle l'est tout autant pour les USA, qui profitant, au moins encore pour un temps, du privil&#232;ge de monnaie de r&#233;f&#233;rence du dollar, vont se permettre un d&#233;ficit d'au moins 8% de leur budget et se dirigent vers un taux d'endettement de 100%[5].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A la v&#233;rit&#233;, la question ne se pose que pour l'Europe et l'ensemble des pays hors G 20. Pour la premi&#232;re, un plan massif d'emprunts de la Banque Europ&#233;enne d'Investissement, libell&#233; en euros, doit venir financer l'ensemble des pays les moins avanc&#233;s de la zone, les autres pays, dont la France, par le truchement de la Caisse des D&#233;p&#244;ts, empruntant pour leur propre compte. Pour l'ensemble des autres pays du monde, avec leurs gigantesques besoins dans les domaines alimentaires, sanitaires, &#233;cologiques, d'infrastructures, d'&#233;ducation, etc., la cr&#233;ation des moyens de financement ne peut &#234;tre mise en &#339;uvre que par un FMI, compl&#232;tement transform&#233;[6].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En fait, l'instrument existe &#8211; les droits de tirage sp&#233;ciaux, invent&#233;s au tournant des ann&#233;es 70 pour faire face aux besoins de l'administration Nixon &#8211; et il peut &#234;tre mis en &#339;uvre du jour au lendemain par simple d&#233;cision du conseil d'administration, comme l'avait propos&#233; le prix Nobel J. Stiglitz au lendemain du 11 septembre. Ces DTS devraient &#234;tre mis &#224; la disposition des banques r&#233;gionales de d&#233;veloppement, avec la participation active, aux c&#244;t&#233;s des gouvernements nationaux de l'ensemble des soci&#233;t&#233;s civiles et des ONG concern&#233;s, afin de minimiser les risques de mal gouvernance et de corruption.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On objectera que tout cela est terriblement inflationniste. La double r&#233;plique va pourtant de soi : premi&#232;rement, si nous sommes en 1933, du fait des politiques n&#233;o-lib&#233;rales et mon&#233;taristes, l'inflation potentielle est moins grave que la d&#233;flation effective ; deuxi&#232;mement, l'effet de relance doit &#234;tre transitoire : d&#232;s lors que l'&#233;conomie r&#233;elle commencera &#224; se rapprocher de son potentiel de production, le mix de politique budg&#233;taire et mon&#233;taire devra &#234;tre plus &#233;quilibr&#233;, et il suffira alors que la masse salariale revienne &#224; son pourcentage des ann&#233;es 70 et qu'ensuite le pouvoir d'achat des salaires progresse au rythme des gains de productivit&#233;. Bien entendu, le nouveau syst&#232;me &#233;conomique et financier mis en place, en r&#233;ponse &#224; cette grande crise de l'imp&#233;rialisme, doit &#234;tre p&#233;renne au plan mondial.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En r&#233;alit&#233;, plus qu'une question th&#233;orique ou technique, c'est la question g&#233;opolitique de la composition du FMI, qui est d&#233;sormais prioritaire. La premi&#232;re r&#233;union du G20 a admis cette n&#233;cessit&#233;. Il faut aller d&#233;sormais plus loin, en int&#233;grant l'ensemble des institutions &#233;conomique mondiales (FMI, Banque Mondiale, OMC, BRI, OCDE,&#8230;) dans le syst&#232;me des Nations Unies, lui-m&#234;me r&#233;nov&#233;, et le respect scrupuleux de sa charte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La balle est donc pr&#233;cis&#233;ment dans le camp de la prochaine administration Obama. Pendant quelques semaines, le magnifique symbole qu'a repr&#233;sent&#233; son &#233;lection peut lui permettre d'imposer &#224; l'opinion et surtout &#224; l'establishment am&#233;ricain, ce que n'a jamais fait dans l'histoire un pouvoir h&#233;g&#233;monique, accepter de passer pacifiquement d'un leadership &#224; un partnership. Formidable bond en avant de l'humanit&#233; ou retour &#224; la banalit&#233; belliciste : les africains n'auraient finalement eu pour seule satisfaction que la r&#233;ussite d'un de leurs &#233;migr&#233;s de la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour mener &#224; bien, une telle strat&#233;gie de transformation mondiale, le temps est venu de constituer un large front progressiste mondial, capable de r&#233;ussir l&#224; o&#249; les fronts populaires d'antan &#233;chou&#232;rent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Domi Taddei
taddeidomi@wanadoo.fr&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;[1] Les mod&#232;les de pr&#233;vision demeurent corrects dans leurs structures, mais les param&#232;tres chiffr&#233;s qu'ils utilisent sont obsol&#232;tes, puisqu'ils sont calcul&#233;s sur la moyenne des r&#233;sultats ant&#233;rieurement observ&#233;s, qui correspondent &#224; des comportements collectifs qui ont qualitativement chang&#233; : en particulier, l'aversion pour le risque a augment&#233; brutalement et durablement. Ce changement n'est pas de degr&#233;, mais de nature. Il repr&#233;sente une non lin&#233;arit&#233; syt&#233;mique, dont ne peuvent rendre compte des mod&#232;les, lin&#233;aires par construction ; en termes imag&#233;s, les animal spirits ont fait un virage &#224; 180 degr&#233;s.
[2] C'est &#224; cette aune que l'imposture des discours de Sarkozy et de Barroso &#233;clate : ils pr&#233;tendent donner des le&#231;ons au reste du monde, mais soutiennent dans les faits des budgets de rigueur ! [3] Rappelons que si un pays est limit&#233; par le montant de ses r&#233;serves de change, quand sa monnaie se d&#233;value, il dispose de moyens illimit&#233;s quand cette monnaie est tr&#232;s demand&#233;e : de nos jours, la &#171; planche &#224; billets &#187; est &#233;lectronique et il suffit d'un clic (c'est-&#224;-dire d'une volont&#233; politique) pour refuser sa r&#233;&#233;valuation, et par l&#224;-m&#234;me le danger de dumping mon&#233;taire, qui est le pire de tous puisqu'il peut atteindre des pourcentages quasi illimit&#233;s en quelques jours.
[4] Sur le contenu possible d'un tel PACES, cf. l'avis adopt&#233; par le Conseil Economique et Sociale en 2003
[5] Il est formidablement comique de voir que ces mesures se pr&#233;parent &#224; Chicago &#224; quelques centaines de yards du plus grand rassemblement au monde de Prix Nobel, tous plus mon&#233;taristes les uns que les autres. Ayant moins d'humour, nous autres en France, quand on voulait mettre fin &#224; l'Ancien R&#233;gime, on ramenait Louis XVI de Versailles &#224; Paris !
[6] Comme pour l'ensemble des autres institutions internationales, si on en conserve les sigles, c'est par simple commodit&#233;, parce qu'on doit montrer que l'avenir est &#224; une coop&#233;ration multipolaire et non aux replis souverainistes et parce qu'on doit pouvoir atteindre plus vite ainsi les but recherch&#233;s qu'en repartant de z&#233;ro.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La mondialisation en crise et ses issues : Conflits inter-imp&#233;rialistes ou nouvelles r&#233;gulations </title>
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		<dc:date>2008-03-25T10:18:08Z</dc:date>
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		<dc:creator>Dominique Tadd&#233;i</dc:creator>

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		<description>Introduction : &lt;br /&gt;La mondialisation et l'id&#233;e de mondialisation dominent tous nos probl&#232;mes soci&#233;taux et politiques de fa&#231;on &#233;vidente. &lt;br /&gt;Ainsi, l'id&#233;ologie dominante pr&#233;tend faire de cette &#233;vidence un argument de soumission (par exemple, &#171; prendre en compte les contraintes du march&#233; mondial &#187;), au nom duquel nous devrions accepter toutes les r&#233;gressions sociales, &#233;cologiques, d&#233;mocratiques, &#233;thiques, culturelles, etc., au nom de cette mondialisation divinis&#233;e. Le d&#233;bat public (...)


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Introduction :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La mondialisation et l'id&#233;e de mondialisation dominent tous nos probl&#232;mes soci&#233;taux et politiques de fa&#231;on &#233;vidente.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, l'id&#233;ologie dominante pr&#233;tend faire de cette &#233;vidence un argument de soumission (par exemple, &#171; prendre en compte les contraintes du march&#233; mondial &#187;), au nom duquel nous devrions accepter toutes les r&#233;gressions sociales, &#233;cologiques, d&#233;mocratiques, &#233;thiques, culturelles, etc., au nom de cette mondialisation divinis&#233;e. Le d&#233;bat public manipul&#233; par les m&#233;dias, appartenant pour l'essentiel &#224; des grands groupes financiers n'est plus qu'entre ceux qui veulent nous adapter &#171; &#224; la dure &#187; (Sarkozy), ou nous adapter sur un mode plus compassionnel (la direction du PS). Prenons un exemple d'actualit&#233; : l'un attaque frontalement les r&#233;gimes de retraite ; l'autre lui dit qu'il s'y prend mal, et que le m&#234;me r&#233;sultat pourrait &#234;tre mieux obtenu par la n&#233;gociation !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi parler d'une mondialisation divinis&#233;e ? Parce que l'on se garde de l'analyser et que le discours dominant en fait un &#233;tat de la nature - &#171; la mondialisation est un fait &#187;, &#233;crit V&#233;drine, un des gourous du pouvoir en place, depuis qu'il a chang&#233; de camp -, qu'une divinit&#233; myst&#233;rieuse nous imposerait : c'est la r&#233;invention du &#171; veau d'or &#187; devant lequel il faudrait se prosterner.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or, la plus simple des observations nous apprend que la mondialisation n'est pas un &#233;tat (quelque chose d'immuable ou m&#234;me de stable), mais un processus historique , unique en son genre, mais comme tous les processus historiques le sont, cette derni&#232;re remarque ne nous m&#232;ne pas bien loin. Il est surtout essentiel de noter que ce processus de mondialisation est particuli&#232;rement instable, marqu&#233; par de nombreuses mutations, et frapp&#233; par des crises r&#233;currentes, dont certaines ont manifestement un caract&#232;re syst&#233;mique : nous voulons dire par l&#224; qu'elles affectent si ce n'est l'existence, mais du moins la nature pr&#233;sente de la dite mondialisation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; La mondialisation, au moins au sens o&#249; on emploie g&#233;n&#233;ralement le terme, n'existe pas depuis tr&#232;s longtemps : elle a moins de 30 ans. Et si veut donner &#224; ce terme un sens beaucoup plus large (par exemple, l'&#233;conomie-monde, ch&#232;re &#224; F. Braudel), convenons au moins qu'il existe, depuis environ un tiers de si&#232;cle, une &#233;volution du monde d'un type r&#233;ellement nouveau et qui m&#233;rite en effet qu'on l'&#233;tudie le plus s&#233;rieusement possible, dans toutes ses dimensions, et sans rel&#226;che :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; cette mondialisation ne cesse d'ailleurs de se transformer &#224; une allure tr&#232;s impressionnante : on rappellera qu'elle en est ainsi d&#233;j&#224; &#224; la fin de sa troisi&#232;me phase, chacune d'entre elle ne durant gu&#232;re plus d'une d&#233;cennie ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; chacune de ses phases se conclue par des crises, dont le d&#233;clenchement se situe &#224; chaque fois sur des march&#233;s et des continents diff&#233;rents, ce qui nous fait d&#233;j&#224; pressentir que nous sommes en pr&#233;sence d'un ph&#233;nom&#232;ne particuli&#232;rement complexe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or, dans la dynamique complexe du monde, l'avenir est, &#224; proprement parler, impr&#233;dictible, m&#234;me s'il est d&#233;termin&#233;. Malgr&#233; cela, il y a quand m&#234;me au moins une chose que nous pouvons pr&#233;voir : c'est que dans quelque temps (dans dix ans, peut &#234;tre dans dix mois, ou dans l'instant qui suit dix jours, ou dans dix minutes, cela personne ne le sait), la mondialisation ne sera plus ce qu'elle est &#224; l'instant pr&#233;sent . Non pas parce que des changements continus, presque imperceptibles &#224; court terme, auront &#233;videmment modifi&#233; la face du monde (c'est l'effet de &#171; la fl&#232;che du temps &#187; et il en est toujours &#233;t&#233; ainsi), mais parce que le processus actuel de mondialisation porte en lui une telle charge de contradictions en tout genre, que nous serons, selon toute vraisemblance, en pr&#233;sence, pour le pire ou pour le meilleur, d'une autre mondialisation, qualitativement diff&#233;rente de celle que nous avons connue ou que nous connaissons aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autrement dit, quand on refuse de se prosterner devant le &#171; veau d'or &#187;, que l'on pr&#233;f&#232;re se servir de notre raison pour analyser le monde tel qu'il va, on ne peut &#234;tre qu'altermondialiste ! Ou, pour reprendre &#224; notre mani&#232;re le slogan d'ATTAC, un autre monde est non seulement possible, mais il est m&#234;me certain ! Cela n'est d'ailleurs pas n&#233;cessairement rassurant en soi : car il y a devant nous une quasi-infinit&#233; d'autres mondes possibles, dont certains seraient certainement bien pires que le monde actuel que nous critiquons justement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais ce constat est quand m&#234;me essentiel, d'abord parce qu'il rompt ave l'id&#233;ologie dominante, que l'on a bien tort de l&#233;gitimer, en la qualifiant de lib&#233;rale, ou m&#234;me de n&#233;o-lib&#233;rale (peut &#234;tre pour faire plus moderne), alors qu'elle est fondamentalement anti-lib&#233;rale, c'est-&#224;-dire autoritaire . Regardez, rien que dans nos vieux pays, que l'on pr&#233;tend &#171; lib&#233;raux &#187;, les politiques concr&#232;tement mises en &#339;uvre par Bush, ou Berlusconi, ou Aznar, ou maintenant chez nous Sarkozy : au nom de la mondialisation f&#233;tichis&#233;e, ils rompent tous les jours un peu plus avec les id&#233;aux de libert&#233;, pour imposer des pratiques de plus en plus autoritaires dans leur propre pays, et de plus en plus bellicistes, au niveau mondial. Et en dehors de la partie dite occidentale du monde, le soi-disant &#171; lib&#233;ralisme &#233;conomique &#187; n'a pas de plus de fervents d&#233;fenseurs que les secr&#233;taires permanents du parti communiste chinois ou les &#171; services &#187; qui peuplent le Kremlin, lesquels nouveaux milliardaires veulent autant de place &#224; l'OMC ou &#224; la Banque Mondiale, que Kadhafi &#224; la commission de l'ONU sur les droits de l'homme&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le constat que la mondialisation est un processus historique, en perp&#233;tuelle mutation, est surtout essentiel, parce qu'il doit nous dicter une inversion de nos comportements de citoyens, malgr&#233; le matraquage du syst&#232;me m&#233;diatique, au service des int&#233;r&#234;ts en place. Il ne s'agit pas de s'adapter, de fa&#231;on contrainte ou de fa&#231;on consensuelle, &#224; la mondialisation telle qu'elle est ; au contraire, il nous faut agir pour que la future mondialisation s'adapte aux valeurs, que l'immense majorit&#233; des femmes et des hommes, sur cette plan&#232;te, d&#233;sire plus ou moins explicitement. Bien entendu, l'existence et la liste de ces valeurs universalisantes m&#233;riteraient un immense d&#233;bat plan&#233;taire , mais d'une certaine fa&#231;on, celui-ci se d&#233;veloppe depuis une dizaine d'ann&#233;es au sein et autour du mouvement alter mondialiste. Pour ne pas &#234;tre trop long, nous nous contenterons ici d'affirmer quatre de ces valeurs :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; la d&#233;mocratie. Ceci veut dire, en toute circonstances, la primaut&#233; des droits individuels et collectifs ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; la solidarit&#233;. Ceci signifie une r&#233;duction drastique des in&#233;galit&#233;s, partout dans le monde : entre pays et, de plus en plus, &#224; l'int&#233;rieur de chaque pays et de chaque r&#233;gion ; mais aussi le d&#233;veloppement de tous les syst&#232;mes coop&#233;ratifs de vie en soci&#233;t&#233;, qui pr&#233;f&#232;rent les objectifs collectifs, &#224; la valorisation des r&#233;sultats individuels.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; le d&#233;veloppement durable. Ceci impose un changement complet de nos modes de production, de transport et de consommation, une croissance et une d&#233;croissance s&#233;lectives, choisies dans le cadre de processus d&#233;mocratiques, d'o&#249; l'int&#233;r&#234;t des mobilisations citoyennes sur tous les enjeux concrets de l'environnement, du niveau local au niveau mondial (l'apr&#232;s Kyoto), en passant par le niveau national (autour du Grenelle de l'environnement) ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; le respect des identit&#233;s multiples, qui font que nous sommes &#224; la fois tous &#233;gaux et tous diff&#233;rents : femmes et hommes ; corses, continentaux, maghr&#233;bins, m&#233;tis&#8230; ; jeunes, ou vieux ; bien portants, malades ou handicap&#233;s ; h&#233;t&#233;ro, homo ou bisexuels, etc. Ceci suppose &#233;videmment de pratiquer partout et toujours la reconnaissance de l'&#233;gale humanit&#233; et dignit&#233; de tous les autres, et donc leur possibilit&#233; de libre &#233;panouissement. A cet &#233;gard, la priorit&#233; est &#233;videmment d'&#233;radiquer la violence sous toutes ses formes et &#224; tous les niveaux, du couple &#224; la plan&#232;te, en passant par l'Etat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour mener &#224; bien la t&#226;che gigantesque de promotion de ces valeurs universelles, personne n'est de trop, et il n'y a pas de combats mineurs. Ce que la dynamique des syst&#232;mes complexes, comme l'est &#233;videmment le processus de mondialisation, nous apprend, c'est qu'elle est &#233;videmment non lin&#233;aire, faite de crises, de bifurcations, de chaos. D&#232;s lors, un simple battement d'aile de papillon dans un petit coin du monde peut engendrer des tornades &#224; l'autre bout du monde. Ce constat, que font aujourd'hui les meilleurs sp&#233;cialistes de toutes les disciplines, signifie donc le contraire d'un renoncement devant des forces qui nous d&#233;passeraient. Certes, l'avenir n'est pas pr&#233;dictible, mais il n'est pas ind&#233;termin&#233;. Il d&#233;pend au contraire de la d&#233;termination de chacun et, bien s&#251;r, du plus grand nombre possible de citoyennes et de citoyens. Cette nouvelle fa&#231;on de voir les choses conduit donc &#224; stimuler le militantisme au sens traditionnel du mot, et plus largement l'activit&#233; citoyenne, ici et maintenant : que nous fassions battre nos ailes de modestes papillons ! Ceci justifie donc pleinement le beau slogan altermondialiste : &#171; pensons globalement, agissons localement &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bien s&#251;r, nous le ferons de fa&#231;on plus efficace si nous r&#233;fl&#233;chissons ensemble sur les processus extr&#234;mement complexes qui nous entra&#238;nent. Pour y contribuer, nous proposerons :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; dans une premi&#232;re partie, une analyse de la mondialisation, de ses fondements et de ses principales contradictions ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; puis, dans une seconde partie, nous pr&#233;senterons ses &#233;volutions possibles, en partant du rapport des forces en pr&#233;sence, puis en pr&#233;sentant de nouvelles r&#233;gulations souhaitables, enfin en essayant d'int&#233;grer les derniers &#233;l&#233;ments de la crise actuelle, renvoyant en annexes, des questions importantes, mais qui risqueraient de faire digression dans le corps principal du texte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1&#232;re partie
La mondialisation n&#233;o-imp&#233;rialiste et ses contradictions :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette premi&#232;re partie s'appuie sur d'innombrables travaux men&#233;s depuis 20 ans par un grand nombre de militants et de sp&#233;cialistes, dont nous proposons ici une synth&#232;se. Celle-ci, &#233;videmment discutable, est fond&#233;e sur le caract&#232;re n&#233;o-imp&#233;rialiste de la mondialisation contemporaine. Nous la conduirons en deux &#233;tapes :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;I-1 les fondements de la mondialisation contemporaine rel&#232;vent du &#171; n&#233;o-imp&#233;rialisme &#187; ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;I-2 les principales contradictions de cette mondialisation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;I-1 Les fondements de la mondialisation contemporaine rel&#232;vent du &#171; n&#233;o-imp&#233;rialisme &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le processus contemporain de mondialisation s'appuie sur 2 piliers fondamentaux, qui en d&#233;terminent la nature bien particuli&#232;re, et que nous qualifierons pour cette raison de &#171; n&#233;o-imp&#233;rialiste &#187; :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; le premier est l'h&#233;g&#233;monie nord-am&#233;ricaine, qui est multidimensionnelle, et particuli&#232;rement marqu&#233;e dans le domaine politico-militaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Le second est un processus d'accumulation financi&#232;re sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il en r&#233;sulte une nature bien particuli&#232;re de l'actuelle mondialisation, que l'on peut qualifier de n&#233;o-imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;* L'h&#233;g&#233;monie nord-am&#233;ricaine est &#233;tablie depuis les ann&#233;es 1940 :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour ne pas nous attarder ici sur son origine, ni sur une datation toujours discutable, nous admettrons que cette h&#233;g&#233;monie est devenue incontestable, avant m&#234;me la fin de la seconde guerre mondiale , m&#234;me si les accords de Yalta ont reconnu &#224; Staline et aux dirigeants sovi&#233;tiques, un &#171; empire &#187; consistant. Nous venons de souligner que cette h&#233;g&#233;monie nord-am&#233;ricaine est multidimensionnelle : si elle est &#233;videmment politique et militaire, elle est aussi culturelle, &#233;conomique et financi&#232;re&#8230; Cette derni&#232;re dimension s'est exerc&#233;e, dans une premi&#232;re p&#233;riode, &#224; travers les accords de Bretton Woods (o&#249;, en 1944, leurs n&#233;gociateurs imposent leur plan, le plan White, contre Keynes et les autres diplomates pr&#233;sents) ; elle s'est exerc&#233;e &#233;galement par le plan Marshall, avec la volont&#233; de r&#233;tablir la prosp&#233;rit&#233; des &#233;conomies ouest-europ&#233;ennes et japonaises, consid&#233;r&#233;es comme les deux gardiens leur permettant de pr&#233;venir l'expansionnisme sovi&#233;tique. La r&#233;ussite de cette strat&#233;gie &#8211; les Trente Glorieuses &#8211; en signifiait en m&#234;me temps la mort : dans les ann&#233;es 70, l'h&#233;g&#233;monie nord-am&#233;ricaine ne pouvait se perp&#233;tuer, face &#224; deux r&#233;gions du monde en passe de la rattraper, qu'&#224; la condition d'en changer les ressorts. Plusieurs solutions s'offraient, du moins th&#233;oriquement : le retour &#224; l'&#233;talon-or, cher aux lib&#233;raux fran&#231;ais (et au g&#233;n&#233;ral de Gaulle) ; ou, au contraire, un revival du plan Keynes, r&#233;cus&#233; 30 ans plus t&#244;t, et souvent d&#233;sign&#233; sous le nom de plan Triffin , qui aurait institu&#233; de fait une monnaie mondiale. On va revenir sur ce que fut le choix am&#233;ricain. Enfin, cette h&#233;g&#233;monie s'est radicalement transform&#233;e apr&#232;s la chute du mur de Berlin (1989) et du communisme : l&#224; o&#249; il existait un &#171; &#233;quilibre de la terreur &#187;, &#224; partir d'une dissuasion mutuelle de l'emploi de l'arme nucl&#233;aire, s'est substitu&#233; pendant une quinzaine d'ann&#233;es une domination unilat&#233;rale de la superpuissance am&#233;ricaine, &#171; imp&#233;riale &#187;, sans autre limite que ses propres contradictions, et nous verrons que c'est cette nouvelle forme d'h&#233;g&#233;monie, qui est aujourd'hui entr&#233;e en crise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;* L'accumulation financi&#232;re s'est mondialis&#233;e durant les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avant de critiquer aussi rationnellement que possible son usage et son &#233;volution actuels, il faut &#233;viter de diaboliser la finance, qui existe depuis des mill&#233;naires, et dont il n'est pas &#233;vident que l'on puisse se passer compl&#232;tement. Pourquoi ? Parce que ce qui l&#233;gitime l'existence de la finance vient de l'usage des ressources dans le temps, qui n&#233;cessite une triple fonction d'&#233;valuation, d'orientation et de contr&#244;le de celles ci . Et jusqu'&#224; pr&#233;sent le seul syst&#232;me alternatif concr&#232;tement mis en place sur l'ensemble d'un pays, la planification centralis&#233;e, s'est av&#233;r&#233; moins efficace pour assumer ces fonctions incontournables. Quant &#224; une v&#233;ritable planification d&#233;mocratique (ou si on pr&#233;f&#232;re une autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e), qui n'a jamais cess&#233; d'avoir les pr&#233;f&#233;rences de nombre de militants de l'ancienne g&#233;n&#233;ration, dont l'auteur de ces lignes, son id&#233;e n'a absolument pas avanc&#233;, m&#234;me sur le plan th&#233;orique, depuis 40 ans. Depuis, c'est une finance d&#233;brid&#233;e qui r&#232;gne plus que jamais sur le monde !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les autorit&#233;s am&#233;ricaines ont mis en place unilat&#233;ralement les bases actuelles de la globalisation financi&#232;re&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car il y a finance et finance : celle que nous connaissons aujourd'hui a &#233;t&#233; mise en place dans les ann&#233;es 70, sous la forme de d&#233;cisions politiques am&#233;ricaines, prises unilat&#233;ralement. Elle l'a &#233;t&#233; sans aucune consultation, m&#234;me de ses plus proches alli&#233;s, on peut dire par surprise, y compris pour la plus grande partie des observateurs, am&#233;ricains ou &#233;trangers :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; au d&#233;but des ann&#233;es 70, l'administration Nixon supprime le syst&#232;me de change fixe (d&#233;cid&#233; en 1944 &#224; Bretton Woods), pour laisser s'installer un r&#233;gime de changes dit flexibles (qui sera avalis&#233;, avec quelques ann&#233;es de retard, par les accords de la Jama&#239;que). Dans ce r&#233;gime, selon l'id&#233;ologie dominante, les autorit&#233;s mon&#233;taires, gouvernements et banques centrales, n'interviennent plus sur les variations de change : c'est la &#171; libert&#233; &#187; du march&#233; des devises, la rencontre de l'offre et de la demande, qui est cens&#233;e fixer d&#233;sormais les parit&#233;s entre les monnaies. En pratique, on verra que ceci n'est (heureusement) vrai qu'entre certaines limites, mais il est patent que celles-ci se sont consid&#233;rablement &#233;largies, c'est-&#224;-dire que la volatilit&#233; des cours que l'on pr&#233;tend officiellement d&#233;plorer, est devenue beaucoup plus forte que sous le r&#233;gime de change pr&#233;c&#233;dent. Dans les conditions o&#249; il s'est effectu&#233;, le basculement vers ce nouveau principe signifiait en fait la premi&#232;re des d&#233;missions politiques des autorit&#233;s mon&#233;taires - gouvernement et banques centrales -, premi&#232;re d'une longue s&#233;rie qui devait conduire progressivement &#224; la globalisation financi&#232;re. D&#233;sormais, la r&#233;alit&#233; tangible &#233;tait la capitulation des autorit&#233;s mon&#233;taires d'un grand nombre de pays (europ&#233;ens, dont la France), au nom d'un principe &#233;nonc&#233; cyniquement par les dirigeants am&#233;ricains : &#171; le dollar est notre monnaie, mais c'est votre probl&#232;me &#187;. Petit &#224; petit, au nom de ce &#171; benign neglect &#187;, c'est-&#224;-dire de cette m&#234;me id&#233;ologie, on abandonnera &#224; la sp&#233;culation sans frein tous les autres march&#233;s financiers, anciens ou nouveaux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; en janvier 79, le pr&#233;sident de la Fed (la banque centrale am&#233;ricaine) Volker, prend pr&#233;texte de l'imminence d'un deuxi&#232;me choc p&#233;trolier, d&#251; &#224; la r&#233;volution iranienne (qui devait effectivement triompher quelques mois plus tard, provoquant le choc attendu) ; il d&#233;cide d'inverser la priorit&#233; des politiques &#233;conomiques qui existait depuis la guerre, l&#224; encore de fa&#231;on unilat&#233;rale, en profitant notamment de la faiblesse politique du pr&#233;sident d&#233;mocrate Jimmy Carter. Depuis 35 ans, les politiques &#233;conomiques avaient eut pour objectif principal la recherche du plein emploi, pour &#233;viter de revivre le dramatique ch&#244;mage de masse des ann&#233;es 30. Elles ne luttaient contre l'inflation que de fa&#231;on accessoire, sans jamais compromettre durablement l'emploi. Par une augmentation extraordinaire des taux d'int&#233;r&#234;t, jamais vue en temps de paix (plus de 20% en valeur nominale ; dans les 10%, hors inflation), la Fed d&#233;cr&#232;te que d&#233;sormais la lutte contre l'inflation serait la priorit&#233; n&#176;1, et que la lutte contre le ch&#244;mage n'en serait plus qu'une heureuse retomb&#233;e. Les banques centrales europ&#233;ennes s'alignent dans les mois qui suivent sur cette inversion compl&#232;te de la politique &#233;conomique et partout, dans le monde, quelque soit leurs discours, les pouvoirs politiques l'ent&#233;rinent, sans jamais organiser aucun vrai d&#233;bat d&#233;mocratique. C'est donc aujourd'hui encore la politique officielle de la Banque Centrale Europ&#233;enne, comme avant elle de la Banque de France, avec d'ailleurs le m&#234;me M. Trichet aux manettes, ou surtout de la Bundesbank (Buba) .&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'accumulation financi&#232;re est essentielle &#224; la compr&#233;hension d'une mondialisation en perp&#233;tuelle &#233;volution :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous savons tous que chacun des p&#233;rils (sociaux, &#233;cologiques, violences, guerres) qui nous entourent aujourd'hui, d&#233;j&#224; multiformes par eux-m&#234;mes, rel&#232;ve d'un enchev&#234;trement de causes multiples, qui peuvent d'ailleurs varier suivant les lieux, certains &#233;tant &#233;videmment tr&#232;s anciens et d'autres bien plus r&#233;cents. Mais nous assistons depuis une trentaine d'ann&#233;es (pour arrondir) &#224; une acc&#233;l&#233;ration de tendances n&#233;gatives, qui ne rel&#232;ve pas d'une illusion d'optique engendr&#233;e par un pessimisme morbide ; qui ne rel&#232;ve pas d'avantage d'une co&#239;ncidence malencontreuse, d&#232;s lors que ce constat alarmant se v&#233;rifie dans les diff&#233;rents domaines &#233;nonc&#233;s. Cette mont&#233;e concomitante des p&#233;rils a une m&#234;me cause principale, qui nous entra&#238;ne de fa&#231;on syst&#233;mique vers les ab&#238;mes : la globalisation financi&#232;re mise en place progressivement depuis le d&#233;but des ann&#233;es 80, sous l'&#233;gide de Washington, et sa logique essentielle, la recherche d'un taux de rendement financier maximal (pour appeler les choses simplement), que symbolise la trop c&#233;l&#232;bre norme de 15% par an.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Logique contre logique &#8211; on pourrait &#233;crire classe contre classe, &#224; condition d'analyser la fa&#231;on dont justement l'accumulation financi&#232;re d&#233;forme consid&#233;rablement l'agencement des classes sociales-, nous verrons dans notre seconde partie qu'on ne peut opposer &#224; cette accumulation du capital financier autre chose que l'accumulation des savoirs et des droits, par la g&#233;n&#233;ralisation, &#224; tous les niveaux, du local au plan&#233;taire, de r&#233;gulations citoyennes, dont les r&#233;gulations &#233;tatiques et plus largement publiques sont une part plus ou moins consistante, suivant les probl&#232;mes et les lieux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La globalisation financi&#232;re semble de loin, pour une immense majorit&#233; des citoyens non avertis, incroyablement complexe. De plus, nous avons vu que sa mise en place s'est faite progressivement, par une s&#233;rie de d&#233;cisions, &#233;tal&#233;es sur une dizaine d'ann&#233;es, prises pour la plupart aux USA, mais relay&#233;es en Europe et au Japon. Il en r&#233;sulte que sa coh&#233;rence globale n'est apparue que progressivement, en dehors de quelques rares sp&#233;cialistes . Pourtant, plus on approche du ph&#233;nom&#232;ne, plus on d&#233;couvre que derri&#232;re ses artifices, se d&#233;gage une logique d'ensemble en r&#233;alit&#233; assez simple. D&#232;s lors que l'on prend conscience de celle-ci, on serait presque, un instant, saisi d'une sorte d'admiration devant ce coup de g&#233;nie, si n'apparaissait, jusque l&#224; dissimul&#233;e derri&#232;re elle, tous les p&#233;rils qu'elle engendre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car cette doctrine et ces politiques sont au service d'une pratique : depuis un quart de si&#232;cle, notre plan&#232;te, notre continent, notre pays, nos quartiers et nos villages, tous les aspects de notre vie, sont domin&#233;s par la logique d'une accumulation financi&#232;re globalis&#233;e. Sans doute, la recherche du profit maximum a &#233;t&#233;, en permanence, au c&#339;ur de la dynamique de toute &#233;conomie capitaliste et celle-ci induit in&#233;vitablement un processus d'accumulation financi&#232;re. On se souvient de la c&#233;l&#232;bre apostrophe de Karl Marx : &#171; accumulez, accumulez, c'est la loi et les proph&#232;tes ! &#187;. De m&#234;me, le creusement des in&#233;galit&#233;s engendre, depuis maintenant plus d'un quart de si&#232;cle, le retour &#224; une bipolarisation croissante des patrimoines et des revenus que l'on peut &#224; bon droit qualifier de &#171; n&#233;o-marxienne &#187;. Mais pour le reste, les circonstances concr&#232;tes n'ont que peu &#224; voir avec celles du milieu du XIX&#232;me si&#232;cle : pour s'en convaincre, il suffirait d'observer que les seuls pratiquants contemporains de la lutte des classes sont les tenanciers du capital, les financiers et leurs affid&#233;s politiques, face &#224; un monde du travail de plus en plus &#233;clat&#233;, morcel&#233;, voire pulv&#233;ris&#233; (nous songeons ici au d&#233;veloppement de la pr&#233;carit&#233; sous toutes ses formes).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus profond&#233;ment, il nous faut observer que la novation essentielle des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; la lib&#233;ralisation sans frein des mouvements internationaux de capitaux, qui, facilit&#233;e par les nouvelles technologies de l'information et de la communication, nourrit d&#233;sormais ad nauseam cette accumulation, tout autour de la plan&#232;te. Derri&#232;re son masque, cette accumulation a aujourd'hui un visage, celui d'un oligopole de grandes organisations financi&#232;res internationales (empruntant diff&#233;rentes formes juridiques, telles que banques, fonds d'investissement, assurances, etc., qui s'imbriquent les unes les autres) : celles-ci r&#233;alisent plus de 93% des transactions internationales, quand les &#233;changes de biens et de services n'en repr&#233;sentent qu'un peu moins de 3% et que les transactions boursi&#232;res sur les actions et les obligations comptent &#224; peine plus ! Cet oligopole de quelques dizaines d'organisations qui a pris &#171; le poste de commande du financement de l'&#233;conomie mondiale &#187; r&#233;duit m&#234;me &#224; l'impuissance les banques centrales, dites ind&#233;pendantes, mais finalement consentantes &#224; cette nouvelle d&#233;pendance .&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or, ces organisations financi&#232;res, &#224; commencer par les fonds de pension am&#233;ricains, exigent dans le monde entier, depuis la fin des ann&#233;es 80, une norme commune de rendement &#224; toutes les entreprises qu'elles contr&#244;lent, y compris les plus grandes multinationales : ce standard international est une rentabilit&#233; financi&#232;re sur fonds propres de 15%, alors m&#234;me que la croissance de l'&#233;conomie mondiale est de l'ordre de 4%, et de 2% en Europe ! Pour les d&#233;cideurs financiers, 100 unit&#233;s de profit plac&#233;es une ann&#233;e doivent devenir 115 l'ann&#233;e suivante, plus de 132, la seconde ann&#233;e, pr&#232;s de 152, d&#232;s la 3&#232;me ann&#233;e, suivant la m&#234;me progression exponentielle&#8230; Certains y parviennent et font m&#234;me beaucoup plus. D'autres &#233;chouent et perdent tout ou partie de leur placement. Beaucoup, bien que comp&#233;titifs et profitables, n'atteignent pas cette norme, qui n'ob&#233;it d'ailleurs &#224; aucune rationalit&#233; pr&#233;cise, mais qui constitue la nouvelle idole, devant laquelle toute l'humanit&#233; est d&#233;sormais somm&#233;e de se prosterner ou du moins de plier : les entreprises sont alors rachet&#233;es &#224; bas prix, d&#233;pec&#233;es, revendues par &#171; appartements &#187;, quand elles ne sont pas conduites directement &#224; la fosse commune, nous voulons dire au tribunal de commerce. Celui qui pr&#233;tendrait r&#233;sister &#224; cette logique &#171; court termiste &#187; de l'accumulation, au nom d'une logique de plus long terme, industrielle, &#233;quitable ou &#233;cologique, est condamn&#233; &#224; faire l'objet d'OPA, plus ou moins hostiles, et ses gestionnaires, m&#234;me sinc&#232;res, devront le plus souvent se soumettre ou se d&#233;mettre. Face &#224; cette m&#233;canique infernale, les condamnations morales sont sans effet r&#233;el et les comportements suppos&#233;s &#233;thiques sont d&#233;risoires, car la maximisation du profit globalis&#233; ne rel&#232;ve pas d'une psychologie particuli&#232;re : les gestionnaires de portefeuille peuvent avoir &#171; une belle &#226;me &#187; et nombre d'entre eux militent le dimanche dans les mouvements caritatifs, comme leurs parents faisaient jadis l'aum&#244;ne &#224; &#171; leurs &#187; pauvres sur le parvis de l'&#233;glise, &#224; la sortie de la grande messe : le &#171; pr&#234;chi-pr&#234;cha &#187; pour un capitalisme &#233;thique ne sert qu'&#224; retarder la mise en &#339;uvre des n&#233;cessaires r&#233;gulations collectives. Car, au-del&#224; des le&#231;ons de morale d'un autre &#226;ge, la rentabilit&#233; financi&#232;re est de fa&#231;on essentielle la contrainte sociologique du capital globalis&#233; : un capitaliste qui ne s'y soumet pas est t&#244;t ou tard condamn&#233; &#224; &#234;tre excommuni&#233; par la nouvelle religion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#232;s lors, sous ce r&#232;gne de la finance globalis&#233;e, il n'y a plus d'entreprises, grandes ou petites, que de nom : toutes ne sont plus que des segments d'une division mondiale du travail, model&#233;e par les gestionnaires &#224; la recherche &#233;perdue de la valorisation du capital financier, valorisation &#233;videmment exponentielle mais pas &#224; n'importe quel rythme : 15% l'an, tel est leur nouveau signe de croix, qui n'est autre que le chemin de croix pour le plus grand nombre de celles et de ceux qui en subissent toutes les cons&#233;quences. Les entreprises peuvent donc &#234;tre d&#233;pec&#233;es, d&#233;localis&#233;es, ferm&#233;es, aucune loi ou convention collective ne peut aujourd'hui pr&#233;tendre les sauvegarder durablement, tant que le minotaure les r&#233;clame, pr&#234;t &#224; les d&#233;vorer, suivant son r&#233;gime immuable. Il ne suffit pas de pr&#233;tendre &#234;tre comp&#233;titif ou rentable : il faut rapporter au moins 15% par an ! Si tout va bien, les actionnaires autophages peuvent alors d&#233;cider de racheter les actions de leurs propres entreprises : ainsi leur valeur boursi&#232;re monte et permet des plus-values, qui sont autant d'enrichissement sans contrepartie, et donc sans l&#233;gitimit&#233; ; et quand revient la saison de distribuer des dividendes, les dits actionnaires sont ainsi d'autant moins nombreux &#224; se partager la masse distribu&#233;e ; sinon une d&#233;cision venue d'un ailleurs anonyme, d'un fonds financier, install&#233; dans un paradis fiscal, ou d'une salle capitonn&#233;e d'une grande banque, peut d&#233;cider &#224; tout moment de votre vie &#233;conomique et sociale&#8230; ou de votre mort.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette logique infernale de l'accumulation exponentielle des profits s'est mise progressivement en place, &#224; partir du d&#233;mant&#232;lement de la plupart des r&#233;gulations publiques dans les ann&#233;es 80, non pas parce que les march&#233;s &#233;taient d&#233;j&#224; tout puissants et que les politiques n'avaient d'autres choix que de s'y soumettre, mais parce que ces derniers, g&#233;n&#233;ralement dans la plus grande discr&#233;tion et, en tous les cas sans consulter les citoyens qu'ils &#233;taient sens&#233;s repr&#233;senter, ont d&#233;cid&#233; plus ou moins consciemment de rendre les march&#233;s tout-puissants . Depuis lors, la finance globalis&#233;e a progressivement invent&#233; les instruments qui lui permettent d'&#233;chapper &#224; toutes les r&#232;gles prudentielles qu'elles s'&#233;taient elle-m&#234;me donn&#233;e effray&#233;e par sa propre voracit&#233;. Au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, d&#233;sormais d&#233;barrass&#233;e de toute contrainte, elle a commenc&#233; &#224; prendre toute sa mesure et surd&#233;termine de plus en plus toutes les dimensions de notre vie : sociales, environnementales, politiques, intellectuelles&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;* Le n&#233;o-imp&#233;rialisme :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'existence de ces deux piliers, politico-militaire et financier, de la mondialisation actuelle forme un ensemble qui renvoie &#224; ce que les premiers th&#233;oriciens post-marxistes (un anglais, J. Hobson [1902], un autrichien Hilferding [1910], une allemande, Rosa Luxembourg [1913] et un russe, L&#233;nine [1916]) appelaient &#171; l'imp&#233;ralisme &#187; dans les d&#233;bats du d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle. On notera, au passage, que cette analyse surgit dans des pays bien diff&#233;rents et d&#233;bouche, suivant les auteurs sur des strat&#233;gies politiques elles-m&#234;mes diff&#233;rentes, voire oppos&#233;es : r&#233;formistes ou r&#233;volutionnaires, d&#233;mocratiques ou autoritaires. Autrement dit, la reconnaissance des ph&#233;nom&#232;nes imp&#233;rialistes ne pr&#233;juge pas des implications civiques que les uns et les autres peuvent en tirer, suivant leur propre syst&#232;me de valeurs, raison de plus pour essayer d'analyser le ph&#233;nom&#232;ne avec le moins de pr&#233;jug&#233;s possibles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De m&#234;me, si tous les auteurs, qui ont &#233;tudi&#233; les ph&#233;nom&#232;nes imp&#233;rialistes, soulignent par force les risques de guerre qu'impliquent l'existence de plusieurs imp&#233;rialismes, tous ne concluent pas m&#233;caniquement au caract&#232;re in&#233;luctable des conflits arm&#233;s : la th&#233;orie de l'imp&#233;rialisme n'est donc pas une doctrine politique, plus ou moins manipulable au gr&#233; des tactiques de conqu&#234;te du pouvoir, mais une analyse de p&#233;riodes caract&#233;ris&#233;es par la circulation non r&#233;gul&#233;e des mouvements de capitaux, ce qui explique les ressemblances troublantes entre la situation d'il y a un si&#232;cle et l'&#233;volution contemporaine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;alit&#233; actuelle a certes des aspects tr&#232;s diff&#233;rents et m&#234;me parfois oppos&#233;s &#224; ceux d'il y a un si&#232;cle. Pour ne donner qu'un seul exemple : la vieille th&#233;orie de l'imp&#233;rialisme expliquait g&#233;n&#233;ralement que c'est l'exc&#232;s d'&#233;pargne et de capitaux dans les pays les plus riches (surtout l'Angleterre et la France, puis l'Allemagne) qui les obligeaient &#224; chercher des investissements dans les pays en retard (d'o&#249; les fameux &#171; emprunts russes &#187;) et tenter de les garantir par l'usage de la force politique et militaire. Il en r&#233;sultait la constitution des empires coloniaux et les risques de conflit entre eux, qui sont rest&#233;s contenus pendant une d&#233;cennie (crise de 1905 et partage des zones d'influence au Cameroun et au Togo en sont une illustration bien document&#233;e), avant d'&#234;tre dramatiquement v&#233;rifi&#233;s en 1914 : il s'agissait alors de la premi&#232;re guerre r&#233;ellement mondiale, au sens o&#249; elle mettait aux prises les imp&#233;rialismes anciens, qui entendaient conserver, &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te, leurs chasses gard&#233;es, et des imp&#233;rialismes nouveaux, ou &#233;mergents, qui entendaient s'y faire une place.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui, la situation financi&#232;re peut sembler bien diff&#233;rente pour ne pas dire oppos&#233;e : le seul pays h&#233;g&#233;monique, les USA, vit &#171; au dessus de ses moyens &#187;, avec, depuis 10 ans, un d&#233;ficit croissant de sa balance des paiements courants : il souffre donc d'une insuffisance &#233;vidente d'&#233;pargne et l'effondrement du dollar n'a &#233;t&#233; jusqu'ici &#233;vit&#233; que par la strat&#233;gie de gouvernements &#233;trangers, et notamment asiatiques, qui ont utilis&#233; la plus grande partie de leurs gigantesques r&#233;serves mon&#233;taires pour acheter des bons du tr&#233;sor am&#233;ricain ! Si on veut r&#233;employer l'ancien terme (qui a le grand m&#233;rite de montrer l'articulation essentielle entre les dimensions g&#233;opolitiques et financi&#232;res), il est donc pr&#233;f&#233;rable de qualifier la situation contemporaine de &#171; n&#233;o-imp&#233;rialiste &#187;, pour mieux en comprendre les caract&#233;ristiques et les contradictions. En effet, pour une grande part, ces derni&#232;res sont compl&#232;tement nouvelles, et surtout elles connaissent une &#233;volution extr&#234;mement rapide et particuli&#232;rement chaotique, ce qui interdit de pousser trop loin l'exercice paresseux de comparaison &#224; un si&#232;cle d'intervalle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour mieux cerner les processus n&#233;o-imp&#233;rialistes en cours, nous retra&#231;ons en annexe comment l'&#233;volution des trois derni&#232;res d&#233;cennies conduit &#224; la situation pr&#233;sente, avec ses risques de conflits entre imp&#233;rialismes en place et imp&#233;rialismes &#233;mergents, qui n'est pas sans rappeler, mutatis mutandis, la situation d'il y a un si&#232;cle, avant la premi&#232;re guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;* L'exacerbation de la financiarisation, la cr&#233;ation de l'euro et la concentration des d&#233;s&#233;quilibres aux Etats-Unis :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s plusieurs d&#233;cennies de cette logique d'accumulation et l'exacerbation de la financiarisation (annexe 1), nous sommes entr&#233;s, avec le nouveau mill&#233;naire, dans une nouvelle &#233;tape, que caract&#233;rise la remise en cause de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine que ce soit sur le plan mon&#233;taire, avec la mise en place de l'euro ou sur le plan financier, avec la formidable accumulation des cr&#233;ances en dollars dans les grands pays riches en mati&#232;res premi&#232;res et dans les grands &#233;mergents. Il en r&#233;sulte ainsi, par un retournement ironique de l'histoire, une polarisation des principaux d&#233;s&#233;quilibres financiers sur les Etats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;* Du point de vue mon&#233;taire, la cr&#233;ation de l'euro, au 1er janvier 1999, a fait passer le syst&#232;me mon&#233;taire mondial d'une logique monocentr&#233;e (celle du benign neglect : cf. supra) &#224; un syst&#232;me bistellaire (certes encore largement asym&#233;trique), qui devrait, t&#244;t ou tard, conduire les cr&#233;anciers du monde entier &#224; diversifier leurs placements et pour cela &#224; vendre au moins une partie de leurs dollars pour d&#233;tenir des cr&#233;ances en euros, sans parler de la tentation grandissante des fournisseurs de libeller leurs ventes en euros (cf. infra). Le temps que l'ensemble des op&#233;rateurs s'assurent de la solidit&#233; de la nouvelle monnaie europ&#233;enne, ce processus de r&#233;&#233;quilibrage a commenc&#233; &#224; s'effectuer, conduisant &#224; une d&#233;valorisation du dollar face &#224; l'euro, certes tr&#232;s progressive, mais d&#233;j&#224; consid&#233;rable (de 0,82 au plus bas, jusqu'&#224; pr&#232;s de 1,53, &#224; l'heure o&#249; nous &#233;crivons, ce qui repr&#233;sente une augmentation de plus de 87 % en 6 ans ), et tout le monde sait que le mouvement va se poursuivre, et peut &#234;tre m&#234;me s'acc&#233;l&#233;rer dangereusement, dans les semaines et mois qui viennent. Si le processus d'adaptation &#224; ce nouveau syst&#232;me mon&#233;taire bi-centr&#233; a &#233;t&#233; jusqu'ici aussi lent, cela tient pour partie &#224; ce que les possesseurs de cr&#233;ances en dollars savent bien que s'ils vendaient trop massivement une partie de leurs stocks, cela pr&#233;cipiterait (entre autre catastrophe) une chute brutale du dollar et donc de leurs avoirs, de type sp&#233;culatif : comme si souvent dans le pass&#233;, les cr&#233;anciers sont pi&#233;g&#233;s, du moins jusqu'&#224; pr&#233;sent...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;* Le monde conna&#238;t ainsi, au tournant du mill&#233;naire, des crises duales d'exc&#232;s d'endettement et de change en cascade, dans l'ensemble des pays &#233;mergents, de 1997 (Asie) jusqu'&#224; 2002 (Argentine), en passant par la Russie d'Eltsine en 1998. C'est une p&#233;riode essentielle, le &#171; vrai tournant du si&#232;cle &#187;, comme le note justement Michel Aglietta. En effet, la plupart de ces pays, notamment parmi les plus grands d'entre eux, ont su tirer les le&#231;ons du type de mondialisation qu'ils avaient d'abord accept&#233; d'appliquer. Celui-ci, non seulement ne leur laissait que la &#171; part du pauvre &#187;, mais les rendait extr&#234;mement fragiles sur le plan &#233;conomique et subordonn&#233;s sur le plan politique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pourquoi la r&#233;solution de ces crises financi&#232;res du &#171; tournant du mill&#233;naire &#187; a modifi&#233; profond&#233;ment les r&#233;gimes de croissance des pays &#233;mergents, leur a fait recouvrer l'autonomie de leurs politique &#233;conomiques et les a fait passer de positions internationales d&#233;bitrices &#224; des positions cr&#233;anci&#232;res, gr&#226;ce &#224; des taux de change d&#233;sormais tr&#232;s comp&#233;titifs et des capacit&#233;s d'offre exc&#233;dentaire. Le r&#233;gime d'accumulation financi&#232;re est certes toujours aussi instable &#224; l'&#233;chelle mondiale, mais d&#233;sormais les risques principaux ont chang&#233; de continent&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet, comme toujours, la dynamique non r&#233;gul&#233;e de l'expansion du cr&#233;dit est n&#233;cessairement instable : elle entra&#238;ne la hausse des prix d'actifs, du moins de certains d'entre eux, dans des proportions rapidement insoutenables. C'est ce que Greenspan, l'ancien pr&#233;sident de la Fed, appelait lui-m&#234;me &#171; l'exub&#233;rance irrationnelle des march&#233;s &#187; (financiers). Elle conduit, comme toujours, le capitalisme de bulles en crises : ces derni&#232;res commencent au moment o&#249;, p&#233;riodiquement, les bulles cr&#232;vent, autrement dit o&#249; on assiste &#224; un retournement brutal &#224; la baisse des march&#233;s financiers, ce qui cr&#233;e des risques de faillites en cha&#238;ne, qui prennent une allure de crises syst&#233;miques. Les banques centrales sont alors oblig&#233;es d'injecter des cr&#233;dits &#224; bon march&#233; pour emp&#234;cher que le syst&#232;me ne s'effondre, sur le mod&#232;le terrible de 1929 et des ann&#233;es 30. Mais la r&#233;solution de la crise pr&#233;c&#233;dente a encore d&#233;velopp&#233; les liquidit&#233;s disponibles, qui vont se diriger vers de nouveaux actifs, g&#233;n&#233;rant de nouvelles bulles, en sp&#233;culant g&#233;n&#233;ralement sur de nouveaux march&#233;s d'actifs, car pour gagner de l'argent il faut bien berner les &#233;pargnants par de nouveaux miroirs aux alouettes : la pr&#233;c&#233;dente bulle portait sur les actions, dites Internet (la soit disant &#171; nouvelle &#233;conomie &#187; se bornait &#224; l'usage extensif de nouvelles technologies, favorisant les exc&#232;s sp&#233;culatifs de la vieille &#233;conomie), la nouvelle bulle enfle d&#233;j&#224; sur l'ensemble des march&#233;s des mati&#232;res premi&#232;res, de l'&#233;nergie aux produits alimentaires de base, en passant par les produits min&#233;raux, entra&#238;nant des risques sociaux et &#233;cologiques redoutables (cf. infra).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Entre les deux, l'actuelle crise financi&#232;re, qui s'approfondit sur le march&#233; immobilier (&#171; les subprimes &#187; US), sur laquelle nous reviendrons, n'est pas une crise (&#233;clatement d'une bulle) comme les autres : non seulement, elle affecte les principaux agents de la mondialisation (les financiers), mais aussi, et c'est l&#224; un ph&#233;nom&#232;ne historique beaucoup plus important, elle r&#233;v&#232;le que le centre de l'accumulation mondiale s'est d&#233;plac&#233;e vers d'autres r&#233;gions du monde et, en particulier, vers le sud est asiatique. Il s'en suit que le lieu et la nature des nouveaux risques se sont &#233;galement d&#233;plac&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;I-2 Les contradictions du n&#233;o-imp&#233;rialisme et de la globalisation financi&#232;re :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour justifier ses analyses et pour mieux fonder ses propositions de nouvelles r&#233;gulations mondiales d'inspiration citoyenne, la gauche altermondialiste doit voir que la mondialisation am&#233;ricano-financi&#232;re est condamn&#233;e, parce qu'elle comporte, sans pr&#233;tendre &#234;tre exhaustif, cinq contradictions majeures, qui se nourrissent les unes les autres, cinq avatars monstrueux, qui se d&#233;veloppent implacablement sous nos yeux, et qui ne sont que les cons&#233;quences inexorables de cette globalisation financi&#232;re :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autrement dit, cette mondialisation est toute &#224; la fois :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1- porteuse de crises financi&#232;res &#224; r&#233;p&#233;tition, dont celle dite des subprimes n'est que le dernier avatar, peut &#234;tre plus dangereux que les pr&#233;c&#233;dents (cf. la fin de ce texte) ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2- essentiellement in&#233;galitaire, elle engendre des urgences sociales par le creusement des in&#233;galit&#233;s entre les continents, les nations, les r&#233;gions et les habitants d'une m&#234;me r&#233;gion ou d'une m&#234;me commune ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3- fonci&#232;rement pr&#233;datrice, elle g&#233;n&#232;re autant d'urgences &#233;cologiques, du fait de la d&#233;gradation environnementale sous toutes ses formes. Pour ne prendre que les illustrations les plus incontestables : le r&#233;chauffement climatique, l'effondrement de la biodiversit&#233;, la d&#233;sertification, les multiples pollutions, et les p&#233;nuries croissantes (eau, ressources alimentaires), font que les urgences sociales et &#233;cologiques, loin de s'opposer, deviennent jumelles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4- conflictuelle par n&#233;cessit&#233;, elle entra&#238;ne des bouleversements g&#233;opolitiques, qui peuvent &#234;tre porteurs de guerres civiles et plan&#233;taires, &#224; commencer par le risque le plus imm&#233;diat, celui de la guerre en Iran, qu'encouragent Sarkozy et Kouchner ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;5- enfin, l'interd&#233;pendance de toutes les contradictions pr&#233;c&#233;dentes et la quasi impossibilit&#233; &#224; les g&#233;rer par les moyens institutionnels habituels constituent autant de sources de r&#233;gression d&#233;mocratique dans tous les pays, aux Etats-Unis, comme en Russie ou en France, chacun l'adaptant &#224; son histoire, &#224; ses institutions et au style personnel de ses &#171; autocrates &#187;, dont le trait commun est le recours &#224; un usage r&#233;pressif des nouvelles technologies, que l'on peut qualifier de &#171; n&#233;o-orwellien &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Gardant pour la fin de ce texte l'analyse de la crise financi&#232;re en cours, nous passerons rapidement en revue les autres grandes contradictions que nous venons de citer :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'aggravation des in&#233;galit&#233;s est partout la r&#232;gle, depuis pr&#232;s de 30 ans.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce constat est d'autant plus choquant, qu'il succ&#232;de &#224; une longue p&#233;riode de r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s , due en partie gr&#226;ce aux politiques fiscales (imp&#244;t progressif sur le revenu et imp&#244;ts sur les successions), en partie &#224; la puissance syndicale et &#224; l'instauration des syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; sociale. A la fin des ann&#233;es 70, une &#171; deuxi&#232;me gauche &#187; politique, syndicale et intellectuelle, se voulant r&#233;solument moderne, peut c&#233;l&#233;brer la &#171; moyennisation &#187; de nos soci&#233;t&#233;s, d&#233;crite par Henri Mendras&#8230; au moment o&#249; celle-ci s'interrompt et s'inverse ! Il est vain aujourd'hui de se demander si la bonne r&#233;f&#233;rence pour juger du partage entre les salaires et les profits se trouve &#234;tre 1970 ou 1980, quand le premier milli&#232;me de la population est en train de d&#233;passer la part des revenus qui &#233;tait la sienne en 1913, &#224; la fin d'un si&#232;cle de domination presque sans partage du capitalisme &#224; dominante industrielle. Mais cette &#171; restauration &#187;, au sens de 1815, ne lui suffit manifestement pas quand on &#233;coute sur n'importe quel m&#233;dia le discours dominant des puissants de ce monde, de leurs experts et de leurs journalistes appoint&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais, &#224; d&#233;faut de les plaindre, il faut au moins les comprendre : comment pourraient-ils se comporter autrement, d&#232;s lors qu'il leur faut, ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, assurer 15% de rentabilit&#233; pour survivre dans l'univers de la finance globale ? Il appartient donc &#224; d'autres d'en d&#233;montrer les cons&#233;quences : supposons, par exemple, que l'on entende satisfaire cette norme pour le premier d&#233;cile des revenus, si la croissance globale d'un pays ne d&#233;passe pas 1,5% (moyenne de l'&#233;conomie fran&#231;aise pour ces derni&#232;res ann&#233;es), il ne reste absolument plus rien &#224; distribuer pour tout le reste de la population ! Les choses sont bien entendu en pratique un petit peu plus compliqu&#233; que dans l'exemple pr&#233;c&#233;dent, qui n'avait pour but que d'&#233;noncer un corollaire &#233;vident, mais g&#233;n&#233;ralement pass&#233; sous silence, de la nouvelle norme divinis&#233;e. En g&#233;n&#233;ral, quelques autres parties constitutives de la soci&#233;t&#233; parviennent, &#231;&#224; et l&#224;, au hasard de rapports de force fluctuants (une fois des agriculteurs, une fois des m&#233;decins, des camionneurs, ou des chauffeurs de taxi, rarement des salari&#233;s sp&#233;cialis&#233;s, jamais des retrait&#233;s ou des ch&#244;meurs&#8230;), &#224; gagner un petit quelque chose ; cela signifie que, dans le m&#234;me temps, d'autres, g&#233;n&#233;ralement plus pauvres qu'eux, doivent y perdre leurs revenus, leur travail, leurs rep&#232;res sociaux et personnels&#8230; Le r&#232;gne de la globalisation financi&#232;re n'est pas seulement celui de la paup&#233;risation relative pour le plus grand nombre, il est aussi celui de la paup&#233;risation absolue pour une minorit&#233;, h&#233;las croissante, d'exclus : l&#224; o&#249; il y a 10 ans, le commissaire au plan, aujourd'hui conseiller de Sarkozy, d&#233;nombrait 10% de pauvres, bien des &#233;tudes s&#233;rieuses concluent aujourd'hui qu'un quart de la population est concern&#233;. Et il n'y aucune raison que le ph&#233;nom&#232;ne cesse de lui-m&#234;me : les &#171; classes moyennes &#187;, notion si confortable pour les politiciens et les publicitaires, s'&#233;tiolent laissant face &#224; face le monde du capital, financier, mais aussi relationnel et culturel (comme le notait Bourdieu), et le monde du travail, pris au sens large, qui est de plus en plus celui du sous-travail, temps complet sous-r&#233;mun&#233;r&#233; ou temps partiel contraint, de la pauvret&#233; au travail (working poors) et du non-travail.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le d&#233;classement du plus grand nombre est ainsi un effet m&#233;canique de la globalisation financi&#232;re, qu'accompagne &#233;videmment un terrible sentiment collectif d'ins&#233;curit&#233;, de pr&#233;carisation des situations, de non reconnaissance des dipl&#244;mes et des qualifications, d'absence d'avenir pour les parents et, sans doute pire, pour leurs enfants. Aux mis&#232;res &#233;conomiques s'ajoutent alors les mis&#232;res sociologiques de pans entiers de la population et les mis&#232;res sociales d'un nombre croissant de personnes (car, n'en d&#233;plaise aux rapports de police, ce ne sont pas des individus, mais des personnes), dont l'extension de la mendicit&#233; et les faits divers nous donnent des t&#233;moignages quotidiens. Ces situations frappent plus particuli&#232;rement ceux qui &#233;taient d&#233;j&#224; les plus faibles et atteints par une forme ou une autre de discriminations.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On verra, enfin, que cet accroissement mondial des in&#233;galit&#233;s d&#233;bouche sur des consommations individuelles et collectives insuffisantes, ce que certains (notamment J.P. Fitoussi, directeur de l'OFCE) pr&#233;f&#232;rent appeler un exc&#232;s d'&#233;pargne, moins d'ailleurs du fait de son volume global que de sa mauvaise r&#233;partition g&#233;ographique et sociologique : la crise financi&#232;re de l'&#233;t&#233; 2007 en est, &#224; cet &#233;gard un sous-produit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La globalisation financi&#232;re met en cause la vie sur la plan&#232;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;15% par an, m&#234;me en ne laissant rien au plus grand nombre, cela ne peut pas &#234;tre un rythme de d&#233;veloppement durable, au sens international du terme, d&#233;fini par l'ONU il y a maintenant 20 ans, et qui comporte tout autant des crit&#232;res &#233;cologiques que sociaux et d&#233;mocratiques. Alors qu'aux cris de &#171; green to gold &#187;, un nombre croissant de financiers et de patrons se pr&#233;cipite vers l'&#233;cologie comme un nouvel eldorado, sous les regards admiratifs des gogos et des bobos, qui ont tout des &#171; passants honn&#234;tes &#187; que chantait Georges Brassens, il faut d&#233;clarer la guerre &#224; l'imposture : un d&#233;veloppement durable ou 15% de rendement financier, il faut choisir, non pas n&#233;cessairement au niveau de quelques r&#233;alisations marginales, qui servent de cache-sexe aux riches les plus pudiques, mais au niveau de la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re. Un exemple caricatural de cette contradiction (pour employer un terme aimable) est donn&#233; par l'administration fran&#231;aise et EdF (mais c'est toujours le m&#234;me corps des mines qui d&#233;cide), quand elles subventionnent les &#233;oliennes terrestres (qui ne sont pas sans inconv&#233;nient sonore et paysager), en garantissant un rendement financier de 20% ! A ce r&#233;gime l&#224;, si on voulait une &#233;nergie 100% propre &#224; l'instar des Norv&#233;giens, a t'on calcul&#233; combien de fois le budget de l'Etat serait n&#233;cessaire ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Loin de ces hypocrisies, et si possible dans des pays plus discrets, les financiers, pour se conformer &#224; leur (&#233;)norme, continuent de se pr&#233;cipiter sur les rentes en tout genre, en particulier par celles offertes par les richesses non renouvelables. Plus on pille celles-ci, plus on les saccage, plus elles deviennent rares et comme le sait, depuis les sophistes grecs : &#171; ce qui est rare est cher &#187; ; par cons&#233;quent, plus elles deviennent ch&#232;res, plus elles fournissent des occasions de plus-values financi&#232;res, sans aucune contrepartie productive, ce que les tribunaux condamneraient, pour des particuliers, comme autant d'&#171; enrichissement sans cause &#187;. D'o&#249; les fortunes colossales des soci&#233;t&#233;s mini&#232;res et des compagnies p&#233;troli&#232;res, qui n'h&#233;sitent pas &#224; tricher sur leurs r&#233;serves d'hydrocarbures plus ou moins &#171; prouv&#233;es &#187; ; d'o&#249;, plus largement, l'accumulation vertigineuse des p&#233;trodollars et les r&#233;alisations urbanistiques prodigieuses des &#233;mirats du golfe persique, sous le nez des masses arabes et iraniennes fam&#233;liques ; d'o&#249; les fortunes qui s'accumulent de plus en plus dans les activit&#233;s touristiques r&#233;serv&#233;es &#224; une &#233;lite de plus en plus restreinte et qui ne l&#233;sine pas sur les consommations d'&#233;nergie, pas plus que sur les autres&#8230; : apr&#232;s tout, si on finit de polluer les neuf dixi&#232;mes de la plan&#232;te, la th&#233;orie de la rente de Ricardo nous a appris, il y a deux si&#232;cles, que la mont&#233;e des prix relatifs sur le dixi&#232;me restant permettra &#224; un nombre, il est vrai de plus en plus restreint, de financiers, au moins pour un temps, de satisfaire la norme de 15% de rentabilit&#233;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pourquoi aujourd'hui, les relations entre la politique et l'&#233;cologie ont radicalement chang&#233; de nature : o&#249; bien, l'&#233;cologie traite des effets polluants de l'accumulation financi&#232;re, sans jamais d&#233;signer cette derni&#232;re, si bien qu'elle transcende les clivages gauche-droite, comme N. Hulot l'affirme avec plus de talent m&#233;diatique qu'un Waechter ou un Lalonde ; ou bien, elle traite des causes m&#234;mes du saccage de la plan&#232;te et elle ne peut alors se contenter d'une posture d'accompagnement environnemental du &#171; mal d&#233;veloppement &#187; en cours : l'altermondialisme, le social et l'&#233;cologie deviennent trois dimensions d'un m&#234;me combat contre la globalisation financi&#232;re qu'il est vain de dissocier, sauf &#224; rejouer ind&#233;finiment le r&#244;le des Curiaces, vaincus par l'Horace du nouveau capitalisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le r&#233;chauffement climatique, la chute de la biodiversit&#233; et les diverses pollutions, du fait des activit&#233;s humaines, sont aujourd'hui connus de tous. Chacun peut agir, mais certains doivent d'autant plus &#234;tre contraints &#224; le faire que l'urgence l'impose. Ainsi, des normes opposables, et donc sanctionnables, doivent s'imposer contre les industries polluantes, et la mise en &#339;uvre de ces normes sont le premier test d'un combat &#233;cologique cons&#233;quent : pour ne prendre que des exemples simples : est-on d'accord pour brider les moteurs des voitures et des motos, au stade de leur fabrication, autrement dit les emp&#234;cher de d&#233;passer les vitesses maximales ? Pour les industries chimiques ou les agro-industriels, quelles normes opposables et sanctionnables sont d&#233;finies au niveau europ&#233;en ? Contre les lobbies, c'est d'abord &#224; cette aune, que les discours plus rassurants que tiennent d&#233;sormais les pouvoirs publics, bruxellois et nationaux, devront &#234;tre finalement jug&#233;s : simple &#171; hommage du vice &#224; la vertu &#187;, ou capacit&#233; de s'appuyer sur les mobilisations citoyennes pour transformer des pratiques, qui ob&#233;issent, non pas &#224; des n&#233;cessit&#233;s techniques ind&#233;passables, mais &#224; la norme financi&#232;re de 15%.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Face &#224; ces d&#233;r&#232;glements &#233;cologiques qu'on ne fait que d&#233;couvrir (les derni&#232;res &#233;tudes sur les nanotechnologies ou les effets des &#233;missions de m&#233;thane fournissent deux nouveaux exemples des risques du d&#233;veloppement de techniques non contr&#244;l&#233;es), il faut bien comprendre que les solutions partielles, techniques ou m&#233;diatiques, ne sont plus &#224; la hauteur des enjeux, surtout pour les pays les plus d&#233;velopp&#233;s, responsables historiques de la terrible d&#233;gradation de la plan&#232;te : c'est l'ensemble de nos modes de production, de consommation et de transports, qui doivent &#234;tre transform&#233;s, sous la pression d'une &#233;valuation pluraliste permanente, o&#249; toutes les expertises seront mises &#224; la disposition de l'ensemble des citoyennes et des citoyens (cf. 2&#232;me partie).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La globalisation financi&#232;re n'est pas compatible avec la d&#233;mocratie politique :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bush n'est pas un pur produit am&#233;ricain ; il est seulement la version am&#233;ricaine d'un mode de gouvernement, qui tend partout &#224; s'imposer : nous voulons dire par l&#224; que le n&#233;o-imp&#233;rialisme est tellement contraire &#224; l'int&#233;r&#234;t social et &#233;cologique du plus grand nombre qu'il n'est &#233;videmment pas compatible avec les id&#233;aux de libert&#233; (politique et culturelle) et le fonctionnement banal de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, tels qu'ils sont n&#233;s au si&#232;cle des Lumi&#232;res, notamment des r&#233;volutions am&#233;ricaine et fran&#231;aise. Nous aurions donc bien tort de nous moquer du vote am&#233;ricain, quand ses clones europ&#233;ens pullulent, chacun avec son (mauvais) g&#233;nie national : Aznar en Espagne, Berlusconi en Italie, Sarkozy en France ne repr&#233;sentent que des variantes du m&#234;me mod&#232;le. Les Anglais, de leur c&#244;t&#233;, ne traitent pas Blair de clone, mais plus volontiers de caniche&#8230; Quant aux eurocrates de Bruxelles, il y a longtemps qu'ils ne construisent plus l'Europe, mais qu'ils accompagnent sa dilution progressive dans la globalisation financi&#232;re. Comme le d&#233;montre la mascarade de ratification du trait&#233; sur les institutions europ&#233;ennes, c'est partout la tentation d'&#233;vitement d&#233;mocratique qui l'emporte. Partout, c'est cela aussi la globalisation, on est en pr&#233;sence de la m&#234;me r&#233;alit&#233; politique. On a parfois proposer de la d&#233;signer comme un n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire , o&#249; le n&#233;o-lib&#233;ralisme &#233;conomique et surtout financier affich&#233; ne peut &#234;tre durablement impos&#233; que par l'autoritarisme, c'est-&#224;-dire l'anti-lib&#233;ralisme politique et culturel. Devant la contradiction des termes, d'ailleurs particuliers &#224; la culture et &#224; la langue fran&#231;aise car liberal veut dire progressiste pour un am&#233;ricain, il nous semble plus court et m&#234;me plus pr&#233;cis de parler de n&#233;o-imp&#233;rialisme, et de d&#233;noncer la tendance permanente de celui-ci &#224; l'autoritarisme politique et au contr&#244;le social des individus.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tous les mandataires de droit ou de fait de la globalisation financi&#232;re ne peuvent que craindre l'expression simple du suffrage universel, d'o&#249; la multiplication des proc&#233;dures d'&#233;vitement : repli sur des technocraties irresponsables : &#171; l'ind&#233;pendance des banques centrales &#187; et d'un nombre croissant d'autorit&#233;s de r&#233;gulation, mises &#224; l'abri des repr&#233;sentants du suffrage universel ; proc&#233;dures d'&#233;viction des listes &#233;lectorales et de la participation aux scrutins, qui touchent principalement les plus d&#233;favoris&#233;s ; et surtout, manipulations m&#233;diatiques (sur le th&#232;me de la s&#233;curit&#233; individuelle, accompagn&#233; d'une sous estimation de l'ins&#233;curit&#233; sociale) et matraquage id&#233;ologique permanent sur les bienfaits de la &#171; mondialisation &#187;, par une prise en main &#224; peu pr&#232;s totale de tous les moyens d'information : quel pourcentage de r&#233;dacteurs en chef et d'&#233;ditorialistes, avant hier favorables au oui au TCE, hier &#224; un 2&#232;me tour Sarko-S&#233;go, aujourd'hui &#224; une ratification &#224; la sauvette du trait&#233; europ&#233;en ? Sans m&#234;me parler des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision et de radio, tributaires de leurs annonceurs publicitaires, qui poss&#232;de la presse anciennement de gauche, si ce n'est les grands capitalistes d&#233;j&#224; d&#233;sign&#233;s ? Et qui peut encore financer les sciences ou les arts, en dehors de milliardaires, &#224; l'instar des fondations am&#233;ricaines ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Afin d'&#233;viter les vrais d&#233;bats sociaux et &#233;cologiques, il s'agit d'inqui&#233;ter, voire en p&#233;riode &#233;lectorale, d'affoler l'opinion et de d&#233;signer l'autre et les autres, comme boucs &#233;missaires. Pour cela, les vieilles recettes d'il y a un si&#232;cle sont, &#224; peine repeintes : puisque cela ne peut plus &#234;tre le &#171; boche &#187;, le &#171; juif &#187; ou le &#171; cosaque &#187;, si chers au vieux nationalisme fran&#231;ais, on a donc aujourd'hui, de nouveau sujets de diversion. De pr&#233;f&#233;rence, il s'agit de d&#233;signer des ennemis de l'int&#233;rieur : on pr&#233;tend d'abord en limiter le nombre, d'o&#249; le d&#233;bat factice sur l'immigration, o&#249; on pers&#233;cute au quotidien des millions de citoyens, pour en expulser finalement une centaine, tandis qu'avec la b&#233;n&#233;diction du patronat le flux net d'immigrants (entr&#233;es moins sorties) est d'un demi million en 5 ans de pr&#233;sence gouvernementale de Sarkozy. Cela ne suffit pas, il faut donc stigmatiser la population des banlieues, non pas de toutes (il y a tout de m&#234;me Neuilly sur Seine), mais des quartiers d&#233;favoris&#233;s, o&#249; les jeunes voient moins le tableau noir de l'institutrice que le b&#226;ton du CRS, comme d&#233;fi de l'int&#233;gration dans la R&#233;publique fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La peur de la d&#233;mocratie et du suffrage universel traverse en fait tout notre continent : rien ne le montre mieux que le d&#233;bat sur les institutions europ&#233;ennes. Alors qu'il existe une unanimit&#233; de fa&#231;ade pour souhaiter de nouvelles institutions (puisque le terme sans doute trop ambitieux de constitution risque de f&#226;cher &#224; nouveau), &#224; la fois plus d&#233;mocratiques et plus efficaces, les 27 gouvernements se sont d&#233;p&#234;ch&#233;s de pr&#233;ciser qu'elles devront &#234;tre mises en place avant le printemps 2009, c'est-&#224;-dire avant que les peuples europ&#233;ens puissent mandater leurs repr&#233;sentants au prochain Parlement sur la forme &#224; leur donner : voil&#224; qui illustre une d&#233;mocratie octroy&#233;e de fa&#231;on &#233;videmment non d&#233;mocratique !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus largement, on nous pr&#233;sente comme compl&#233;ment (ou antidote ?) &#224; la globalisation un d&#233;bat sur les &#171; valeurs &#187;, qui est agit&#233; de la droite am&#233;ricaine au PS fran&#231;ais, et derri&#232;re lequel s'abrite la remont&#233;e de tous les int&#233;grismes religieux, chr&#233;tiens, musulmans et juifs. Mais, comme le d&#233;montre si fortement I. Wallerstein, toute h&#233;g&#233;monie culturelle produit en tant que &#171; rh&#233;torique du pouvoir &#187; un universalisme &#224; sa convenance, jusqu'au moment o&#249; ses valeurs se retournent contre elles : faites voter librement le monde entier sur la pr&#233;sence am&#233;ricaine au dehors de leurs fronti&#232;res&#8230; Pendant ce temps, la philosophie des Lumi&#232;res n'est jamais affirm&#233;e comme la seule vraiment repr&#233;sentative des racines de l'Europe contemporaine, d&#233;montrant au passage que le n&#233;o-lib&#233;ralisme financier est l'adversaire, non seulement du lib&#233;ralisme politique, mais aussi du lib&#233;ralisme culturel. On pr&#233;tend aimer le mot de libert&#233;, mais on ne supporte pas les libertaires et les libertins&#8230; Et puis, quand les ennemis de l'int&#233;rieur ne suffisent pas, les questions internationales et leurs solutions guerri&#232;res peuvent suppl&#233;er, comme c'est notamment le cas aux USA.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais, les op&#233;rations anti-immigr&#233;s et anti-jeunes, de type traditionnel ne suffisent plus : alors, on nous fait glisser progressivement dans un &#171; brave new world &#187;, celui d'un Orwell, recycl&#233; aux nouvelles technologies : c'est le concours &#224; celui qui aura install&#233; le plus de mouchards et de cam&#233;ras cach&#233;s (il para&#238;t que l'Angleterre de Blair et G. Brown sont actuellement en t&#234;te) ; la France r&#233;plique, avec des h&#233;licopt&#232;res charg&#233;s de surveiller les banlieues et bient&#244;t des &#171; drones &#187; (sans pilote au dessus de nos t&#234;tes) ; c'est la multiplication des tests ADN et la banalisation des fichiers g&#233;n&#233;tiques. Bien s&#251;r, ce n'est pas (encore) pour monsieur tout le monde, mais une fois bafou&#233;es les libert&#233;s individuelles, il n'existe plus de limit&#233; &#233;thique : le poignet de chacun sera-t-il d&#233;sormais attach&#233;, du bracelet &#233;lectronique pour le plus grand nombre &#224; la &#171; rollex &#187; pour le pr&#233;sident de la R&#233;publique ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La globalisation financi&#232;re, comme jadis les ma&#238;tres de forges, porte en elle la guerre&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sans doute, le capitalisme financier dans son ensemble pourrait exister sans les profits des industries d'armement. Mais celles-ci fournissent autant d'occasions suppl&#233;mentaires de profit, quitte &#224; ce que les plus hautes personnalit&#233;s ou leurs proches bafouent pour se saisir d'une partie du g&#226;teau, la morale et le droit. Et, d&#232;s lors que ces industries existent, et on sait que la France, s'appuyant sur un des corps les mieux not&#233;s de l'Ecole Polytechnique (les X-DGA), y est particuli&#232;rement bien plac&#233;e, elles sont n&#233;cessairement favorables au parti de la guerre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais le bellicisme sous-jacent &#224; la globalisation financi&#232;re a un caract&#232;re beaucoup plus g&#233;n&#233;ral que cela. R&#233;aliser la norme de 15% est chaque ann&#233;e plus difficile et suppose de cr&#233;er, sur tous les continents, une formidable tension dans l'acc&#232;s aux mati&#232;res premi&#232;res (cher p&#233;trole) ou aux d&#233;bouch&#233;s, ou encore aux deux en m&#234;me temps. M&#234;me si, depuis la chute du mur de Berlin, il n'existait plus qu'une seule super-puissance, cette tension globale se fragmente en de multiples conflits r&#233;gionaux et locaux et explique, sans bien entendu l'excuser, que la course aux armements demeure partout aussi f&#233;roce.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De ce point de vue non plus, Bush n'est pas une anomalie : &#224; un premier niveau, sa politique &#233;trang&#232;re n'est autre que la transposition dans la premi&#232;re puissance mondiale de ce que pr&#233;conisent Le Pen et Sarkozy en France, dans leur volont&#233; d'imposer par la force leurs pr&#233;tendues valeurs &#224; ceux qui pensent diff&#233;remment. En fait, le gendarme du monde remplit un double r&#244;le, suivant qu'il menace ou suivant qu'il fait la guerre, qui rel&#232;ve l'un et l'autre d'une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e d'imposer l'absurde globalisation financi&#232;re &#224; l'ensemble de la plan&#232;te, au nom des valeurs dites &#171; occidentales &#187;, ce qui veut dire au mieux &#171; nord atlantiques &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Quand on se contente de menacer &#171; l'Axe du Mal &#187;, suivant une terminologie qui flirte dangereusement avec l'extr&#234;me droite (manich&#233;isme bien / mal, l'Axe&#8230;), il s'agit d'un d&#233;tournement vers un ennemi plus ou moins imaginaire (Saddam aurait menac&#233; l'Am&#233;rique, alors on en fabrique les preuves, au nom des valeurs de l'occident), qui d&#233;tourne des vrais probl&#232;mes, aussi bien int&#233;rieurs que ceux que l'on provoque partout dans le monde.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Plus grave encore la nouvelle partition qu'on tente d'imposer entre les amis de Washington, qui auraient le droit aux technologies nucl&#233;aires (d'Isra&#235;l au Pakistan) et ses adversaires (Iran ou autre) qu'il faudrait frapper pr&#233;ventivement de peur qu'ils ne s'en emparent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Finalement, la guerre que l'on fait ou que l'on envisage de faire, parce que suivant la vieille logique imp&#233;rialiste, il faut s'ouvrir les espaces qui refusent la logique de l'accumulation du capital : c'est la vieille politique de la canonni&#232;re, dont le lobby p&#233;trolier texan attendait tant en Irak, et dont on r&#234;ve de plus en plus haut pour l'Iran.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais, d&#233;j&#224; grave &#224; l'heure de la super-puissance, am&#233;ricaine, la tendance belliciste menace d'&#234;tre plus dramatique encore, quand son h&#233;g&#233;monie est atteinte par l'&#233;mergence de nouveaux imp&#233;rialismes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusion de la 1&#232;re partie :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a donc bien un lien structurel entre ces diff&#233;rents p&#233;rils et ce lien n'est autre que celui de la globalisation financi&#232;re d&#233;brid&#233;e et de ses 15% de rendement exig&#233;s pour ses placements, au m&#233;pris de toute consid&#233;ration de leurs cons&#233;quences sociales, &#233;cologiques, d&#233;mocratiques et soci&#233;tales et de la durabilit&#233; m&#234;me du mal d&#233;veloppement qu'elle engendre. Si cette globalisation n'est &#233;videmment pas &#224; l'origine de tous les maux de la plan&#232;te, elle les aggrave dramatiquement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En outre, on ne peut oublier que cette globalisation n'annule en rien la g&#233;opolitique, mais au contraire la renouvelle &#224; un rythme pr&#233;cipit&#233; : elle se d&#233;ploie concr&#232;tement &#224; travers les anciennes dominations, alliances et rivalit&#233;s entre nations et, particuli&#232;rement dans la situation d'h&#233;g&#233;monie d'une super-puissance nord am&#233;ricaine au bord du d&#233;clin, de l'&#233;mergence de nouvelles puissances mondiales (Chine, Inde&#8230;) et de regroupements continentaux plus ou moins affirm&#233;s (Europe, Am&#233;rique Latine&#8230;). Et la globalisation financi&#232;re reconfigure m&#234;me, avec une rapidit&#233; sans pareille, cette g&#233;opolitique, &#224; l'heure m&#234;me o&#249; la prise de conscience de l'unit&#233; du genre humain et des p&#233;rils communs &#224; l'ensemble de l'humanit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; aussi forte. C'est de cette derni&#232;re que peuvent et que doivent na&#238;tre, partout, les r&#233;gulations citoyennes aptes &#224; ma&#238;triser notre destin commun.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2&#232;me partie
Au-del&#224; de la crise : conflits ou nouvelles r&#233;gulations&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les contradictions d&#233;crites dans la premi&#232;re partie n'ont cess&#233; de s'aggraver durant ces derni&#232;res ann&#233;es, au point qu'il n'est plus exag&#233;r&#233; de parler d'une mondialisation en crise. Pour en rep&#233;rer les issues possibles, ou mieux souhaitables, on commencera par analyser l'&#233;tat des forces mondiales qui en d&#233;coulent, dans une premi&#232;re sous partie ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En fonction des alliances cr&#233;dibles qu'elle dessine, on pourra alors tenter d'esquisser les nouvelles r&#233;gulations altermondialistes &#224; rechercher, dans une deuxi&#232;me sous partie ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ceci &#233;tant, une telle transformation du mode de mondialisation ne peut gu&#232;re se faire compl&#232;tement &#171; &#224; froid &#187;, sous le seul empire de la conviction partag&#233;e. Elle ne peut sans doute &#233;merger que d'une situation de crise aux contours largement impr&#233;dictibles. Or, pr&#233;cis&#233;ment, l'aggravation des contradictions pr&#233;c&#233;dentes a d&#233;bouch&#233;, depuis l'&#233;t&#233; 2007, sur une crise financi&#232;re telle que personne ne peut en pr&#233;dire les issues ; nous lui consacrerons donc notre derni&#232;re sous partie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;II-1 L'&#233;tat des forces mondiales&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par un amer paradoxe chez un peuple qui met l'intelligence au premier rang de ses vertus, la France vient de confier la totalit&#233; des pouvoirs (car il en est d&#233;sormais ainsi dans notre syst&#232;me monocratique ) &#224; un homme brillant, manifestement instable (la suite risque de nous en apprendre d'avantage), mais dont la strat&#233;gie tr&#232;s coh&#233;rente est celle de l'alignement sur l'Am&#233;rique de Bush, au moment o&#249; cette derni&#232;re finit de s'effondrer pour le meilleur ou pour le pire. Ne nous arr&#234;tons pas plus &#224; la critique trop facile de la diplomatie fran&#231;aise de ces derniers mois, mais cherchons plut&#244;t &#224; d&#233;crire rapidement le champ de forces mondial qui se pr&#233;sente devant nous. De fa&#231;on n&#233;cessairement sch&#233;matique, nous distinguerons quatre tendances principales :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1- la fin de l'h&#233;g&#233;monie nord-am&#233;ricaine, qui est &#233;videmment celle d'un imp&#233;rialisme sur le d&#233;clin ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2- la mont&#233;e d'imp&#233;rialismes &#233;mergents, parmi lesquels deux d'entre eux ont une nature potentiellement conflictuelle, &#224; plus ou moins bref d&#233;lai : la Chine et la Russie ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3- les degr&#233;s de libert&#233; des autres grandes puissances, y compris l'Europe, mais aussi l'Inde, le Japon et les &#171; mondes &#187; arabes, africains ou latino-am&#233;ricains, qui doivent choisir entre un r&#244;le de satellite d'un des imp&#233;rialismes, d&#233;clinant ou &#233;mergents, ou au contraire d'acteurs majeurs des futures r&#233;gulations mondiales.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4- L'ensemble des citoyens du monde qui en subissent l'&#233;tat actuel, mais qui pourrait peut &#234;tre pour la premi&#232;re fois en devenir collectivement acteurs : ceux que Toni Negri appelle d'un terme que l'on peut discuter, la &#171; multitude &#187; , dont le mouvement altermondialiste est aujourd'hui l'expression la plus militante.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1 L'h&#233;g&#233;monie nord-am&#233;ricaine est condamn&#233;e :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons vu que l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine s'est instaur&#233;e, sans contestation possible, avec la seconde guerre mondiale. D&#232;s les ann&#233;es 60, certains pr&#233;dirent d&#233;j&#224; son d&#233;clin (toutes les h&#233;g&#233;monies ne sont-elles pas mortelles ?) : elle sut alors en conjurer l'issue, en brisant, dans les ann&#233;es 70, les r&#232;gles m&#234;mes qu'elle avait impos&#233;e, &#224; la fin de la guerre, &#224; Bretton Woods. Bien plus, et Reagan en fut le symbole plus que l'acteur, ce revival permit tout &#224; la fois d'abaisser d&#233;finitivement l'empire sovi&#233;tique, seul rival alors concevable, et d'installer une nouvelle forme d'accumulation financi&#232;re d'un dynamisme sans pr&#233;c&#233;dent. De m&#234;me, quand le Japon parut lui-m&#234;me en mesure de contester l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine sur le terrain de cette accumulation, &#224; la fin des ann&#233;es 80, ce pays connut une crise financi&#232;re d'une ampleur et surtout d'une dur&#233;e exceptionnelle (une quinzaine d'ann&#233;es), constituant un v&#233;ritable &#171; syndrome japonais &#187;, dont la reproduction est aujourd'hui une des principales menaces qui p&#232;sent sur l'ensemble des &#233;conomies occidentales. Enfin, quand cette perp&#233;tuation de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine fut &#224; nouveau d&#233;fi&#233;e, de fa&#231;on aussi spectaculaire que tragique, le 11 septembre 2001, la r&#233;action imp&#233;riale de Bush pour &#233;tablir la Pax Americana, jusqu'au Proche Orient, marqua l'apparent z&#233;nith de cette h&#233;g&#233;monie p&#233;renne. Pourtant, au-del&#224; m&#234;me de leur lamentable incapacit&#233; &#224; gagner la paix en Irak, ce qui est aujourd'hui fondamentalement en jeu, et qui va bien au del&#224; de ce que fut leur &#233;chec dans la guerre du Vietnam, c'est une manifestation beaucoup plus &#233;vidente que les autres, de la fin, sans doute inexorable, de leur h&#233;g&#233;monie. Nous en donnerons ici seulement quelques traits :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Economiquement, la puissance productive des USA ne cesse de reculer : symboliquement, si l'automobile fut, d&#232;s les ann&#233;es 20, le symbole de leur nouveau leadership mondial, cette branche est aujourd'hui celui de sa perte d'h&#233;g&#233;monie : une firme asiatique, Toyota a ravi l'an pass&#233; la place de num&#233;ro 1 &#224; General Motors ! A cet &#233;gard, les pr&#233;tendues &#233;lites ouest-europ&#233;ennes font preuve d'une &#233;tonnante c&#233;cit&#233; : ce n'est pas parce que les pays de la zone euro, enferm&#233;s dans le carcan des r&#232;gles absurdes qu'ils se sont eux-m&#234;mes impos&#233;s, ont fait encore moins bien que l'&#233;conomie am&#233;ricaine durant la derni&#232;re d&#233;cennie, qu'on doit ignorer qu'&#224; l'&#233;chelle mondiale, leur d&#233;clin tendanciel est une &#233;vidence premi&#232;re, quelques soient les indicateurs de r&#233;f&#233;rence que l'on se donne. En longue p&#233;riode, les pays de l'Atlantique nord, y compris les USA, n'ont gu&#232;re comme perspectives de croissance qu'un taux de 2% par an (3% dans le meilleur des cas), alors que les pays &#233;mergents sont sur une trajectoire tendancielle d'au moins 6% par an, sans m&#234;me parler de la Chine, principal challenger des USA dans les ann&#233;es &#224; venir, qui continue de cro&#238;tre &#224; un rythme d'environ 10% par an !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Financi&#232;rement, depuis que R. Nixon a impos&#233; unilat&#233;ralement l'abandon du syst&#232;me de Bretton Woods (15/8/1971), le dollar a perdu la moiti&#233; de sa valeur par rapport &#224; un panier de l'ensemble des monnaies europ&#233;ennes, constituant l'Euro ! Aujourd'hui, la mont&#233;e vertigineuse de l'endettement ext&#233;rieur am&#233;ricain et donc l'accumulation exponentielle des &#171; exo-dollars &#187; cr&#233;e une situation de rupture, &#224; l'issue certes impr&#233;dictible, qui peut se traduire par le pire, de l'effondrement du dollar aux conflits g&#233;opolitiques les plus dramatiques, ou le meilleur, par la mise en oeuvre d'une nouvelle r&#233;gulation mondiale (cf. infra).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Politiquement, le gouvernement am&#233;ricain est aujourd'hui ultra minoritaire dans son propre pays, comme dans le monde (il n'est que de regarder les votes &#224; l'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale des Nations Unies). Il n'a plus gu&#232;re d'alli&#233;s fiables, en dehors du Royaume Uni et des pays ex communistes d'Europe de l'est, qui voient justement dans Washington le seul rempart cr&#233;dible contre la d&#233;rive n&#233;o-nationaliste russe ; Isra&#235;l est pour eux plus un boulet qu'un soutien ; il n'y a gu&#232;re que N. Sarkozy et, plus lamentable encore B. Kouchner, pour voler au secours de la d&#233;route ! Sans doute, une prochaine pr&#233;sidence am&#233;ricaine moins caricaturale dans ses pr&#233;tentions n&#233;o-imp&#233;rialistes, pourrait t'elle regagner une partie du terrain perdu dans l'opinion mondiale. Mais les USA, tout en demeurant &#233;videmment incontournables, seront d&#233;sormais durablement minoritaires dans leurs pr&#233;tentions h&#233;g&#233;moniques, que ce soit dans le concert des nations, ou plus encore dans l'esprit des peuples.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Culturellement. Il y a d&#233;j&#224; longtemps que les 5 continents ont tous, plus ou moins, adopt&#233; ce qu'ils ont pu de l'american way of life. Mais, depuis une dizaine d'ann&#233;es, dans sa r&#233;gression messianique, la droite am&#233;ricaine a entendu imposer au monde sa &#171; r&#233;volution n&#233;o-conservatrice &#187;. Il en r&#233;sulte aujourd'hui, que la d&#233;testation (quand ce n'est pas pire) des USA est une r&#233;alit&#233; profonde des mentalit&#233;s collectives, et il faut beaucoup de persuasion, y compris en France, pour bien distinguer le peuple am&#233;ricain de la plupart de ses dirigeants. Progressivement, ce ne sont plus des valeurs identitaires exclusives &#8211; am&#233;ricaines, blanches ou, au contraire, venues d'autres continents, d'autres couleurs - qui tendent &#224; l'emporter. Ce ne sont pas non plus des vagues confusions mondialistes &#171; world quelque chose &#187;, o&#249; tout se confond et se dissout, mais des valeurs m&#233;tisses, qui savent distinguer les diverses identit&#233;s, comme un bon cuisinier sait distinguer les &#233;pices. L'hybridation appara&#238;t comme la r&#233;ponse aux faux dilemmes de l'uniformit&#233; culturelle : l'uniformit&#233; par la culture dominante, anglo-saxonne traditionnelle, en l'occurrence, ou l'uniformit&#233; par un m&#233;lange indistinct, piquant sans choisir, un peu de tout et de n'importe quoi. La soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine en est elle-m&#234;me, de plus en plus convaincue : au-del&#224; de l'&#233;ph&#233;m&#232;re des campagnes &#233;lectorales, le ph&#233;nom&#232;ne Obamah n'est pas une reconnaissance de la &#171; n&#233;gritude &#187;, mais de l'avenir n&#233;cessairement m&#233;tis des USA (et probablement du reste du monde).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2 Les n&#233;o-imp&#233;rialismes &#233;mergents de la Chine et de la Russie&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces deux pays sont respectivement le plus peupl&#233; du monde et le plus vaste du monde : anciens fr&#232;res ennemis du communisme ils ont, aujourd'hui, beaucoup de points communs et leurs diff&#233;rences m&#234;mes les rendent plus compl&#233;mentaires que jamais. Outre leur ressemblance politique, qui est aujourd'hui bien plus grande qu'il n'y para&#238;t , ils ont tous les deux accumul&#233;s, l'un par ses exportations &#224; bas co&#251;t, l'autre par celle de son &#233;nergie, une masse colossale d'exo-dollars. Celle-ci est d&#233;tenue dans les deux cas par des fonds souverains (cf. infra), qui sont directement dirig&#233;s par des personnalit&#233;s politiques du &#171; premier cercle &#187; du pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous ne pr&#233;tendons nullement que les dirigeants de l'un ou l'autre pays seraient n&#233;cessairement bellicistes ou m&#234;me agressifs, mais il y a deux faits majeurs qui devraient conduire les am&#233;ricains (et les autres) &#224; r&#233;fl&#233;chir :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; en premier lieu, ces deux pays ont une revanche &#224; prendre sur l'histoire, m&#234;me si c'est par rapport &#224; des &#233;poques totalement diff&#233;rentes : les Chinois ne manquent pas une occasion de rappeler, justement d'ailleurs, que, jusqu'au milieu du pr&#233;c&#233;dent mill&#233;naire, ils &#233;taient par leur chiffre de population et par le niveau de d&#233;veloppement, largement au niveau des pays occidentaux et que leur croissance, qui nous semble effr&#233;n&#233;e n'est jamais qu'un rattrapage, dont nous devrions comprendre que les int&#233;ress&#233;s le souhaitent le plus rapide possible. De leur c&#244;t&#233;, les Russes vivent depuis pr&#232;s de 20 ans, la rupture brutale d'un &#171; empire &#187; et des valeurs qui l'accompagnaient, le risque de dislocation de la Russie m&#234;me (on ne peut comprendre sans cela les crimes commis en Tch&#233;tch&#233;nie et dans le Caucase) et un complexe d'encerclement que l'irresponsabilit&#233; de l'administration Bush ne cesse d'entretenir : d&#232;s lors l'arme de l'&#233;nergie, exerc&#233;e directement (la main sur le robinet, comme s'il s'agissait d'un revolver), ou accumul&#233;e sous forme de fonds souverains, est pour eux une occasion inesp&#233;r&#233;e de retrouver une partie de leur r&#244;le, d'abord &#224; l'&#233;chelle eurasiatique, puis au del&#224; : d'o&#249; leurs nouvelles ambitions au Nigeria, qui sont aussi l&#233;gitimes que celles de n'importe quelle autre puissance ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; en second lieu, ce qui les diff&#233;rencie les rapproche : les Chinois ont de la main d'oeuvre et manquent d'&#233;nergie et de mati&#232;res premi&#232;res, alors que les Russes sont exactement dans la situation inverse. Au minimum, cette compl&#233;mentarit&#233; justifie de remplacer leurs vieilles querelles id&#233;ologiques et des conflits frontaliers d&#233;risoires, par une fructueuse coop&#233;ration, qui trouve d&#233;j&#224; un champ &#233;vident en Sib&#233;rie orientale, mais qui pourrait op&#233;rer, du moins ponctuellement, &#224; l'&#233;chelle de toute la plan&#232;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toujours est-il, que s&#233;par&#233;ment ou ensemble, ils repr&#233;sentent aujourd'hui une puissance financi&#232;re consid&#233;rable et qui s'accro&#238;t &#224; une vitesse vertigineuse ; sans doute, cette accumulation sera t'elle un peu plus mod&#233;r&#233;e dans les prochaines ann&#233;es : un ralentissement mondial freinera probablement les exportations des uns et des autres, mais les flux de devises resteront encore tr&#232;s longtemps positifs pour les uns et pour les autres, et surtout les stocks d&#233;j&#224; accumul&#233;s suffisent pour sauver ponctuellement ou, au contraire, faire sauter toute la finance occidentale ! En attendant, la crise des subprimes leur permet aujourd'hui de &#171; faire leur march&#233; &#187; &#224; bon prix, en se donnant de surcro&#238;t des postures de &#171; chevaliers blancs &#187;. Mais personne ne doit se cacher la v&#233;rit&#233; : qui dit capital dit pouvoir et la question doit &#234;tre pos&#233;e tr&#232;s vite (nous n'osons plus &#233;crire &#224; froid) du point o&#249; les dirigeants am&#233;ricains et leurs alli&#233;s sont pr&#234;ts &#224; partager le pouvoir financier et, par cons&#233;quent, le pouvoir tout court, avec les imp&#233;rialismes &#233;mergents et, vraisemblablement les autres grandes puissances mondiales. Et on verra que la question va bien au-del&#224; des &#171; codes de bonne conduite &#187; que l'on peine aujourd'hui &#224; d&#233;finir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3 Les autres grandes puissances : satellites ou mod&#233;rateurs ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si la contradiction g&#233;opolitique majeure de la p&#233;riode qui s'ouvre est bien celle entre l'h&#233;g&#233;monie d&#233;clinante des USA et celle &#233;mergente de la Chine et, dans une moindre mesure de la Russie, il va sans dire qu'il existe d'autres grandes puissances et d'autres forces dans le monde. Celles-ci ne peuvent pas se permettre d'&#234;tre de simples spectateurs plus ou moins int&#233;ress&#233;s (le r&#244;le de la Suisse n'est plus &#224; la port&#233;e de personne, pas plus des helv&#232;tes que des autres). Au pire, dans un conflit majeur, celles-ci deviendraient des victimes comme les autres des retomb&#233;es nucl&#233;aires ou autres pollutions mondiales qui en d&#233;couleraient ; au mieux, dans un modus vivendi bilat&#233;ral entre les n&#233;o-imp&#233;rialismes d&#233;clinants et &#233;mergents, ils seraient &#233;videmment les &#171; dindons de la farce &#187; d'un jeu global &#224; somme nulle, o&#249; les deux joueurs actifs d&#233;gageraient un b&#233;n&#233;fice commun au d&#233;triment des tiers.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais si elles ne peuvent pas &#234;tre simplement spectatrices, les autres grandes puissances mondiales ont deux r&#244;les possibles, bien diff&#233;rents l'un de l'autre :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; le premier est de se comporter en simples satellites, ou si le mot d&#233;pla&#238;t trop, vassaux, d'un des deux grands protagonistes du conflit inter-imp&#233;rialiste principal : c'est manifestement la vocation d'un Japon, particuli&#232;rement isol&#233; et vieillissant (sur le plan d&#233;mographique), qui estime de surcro&#238;t avoir besoin de la protection militaire am&#233;ricaine ; c'est &#233;galement la ligne de pente quasi-in&#233;vitable des p&#233;tromonarchies arabes, qui n'ont gu&#232;re d'autres solutions strat&#233;giques, si elles veulent se perp&#233;tuer ; c'est aussi le r&#244;le d&#233;sir&#233; par les britanniques, par tradition culturelle, ou encore par la plupart des pays d'Europe de l'est , pour des raisons proches des nippons, et que les europ&#233;ens de l'ouest feraient mieux de bien comprendre : vu d'Europe de l'est, Washington sera toujours plus d&#233;sirable que Moscou. Mais ici la grande question pos&#233;e aux autres membres de l'Union Europ&#233;enne et, en particulier, ceux qui en constituent le noyau dur (celui de la zone euro), est de savoir si le vieil esprit de l'alliance atlantique les pousse au m&#234;me alignement que par le pass&#233; ou &#224; l'expression d'une strat&#233;gie autonome, dont la r&#233;sistance &#224; la guerre d'Irak a &#233;t&#233; un premier signe important, mais qui ne fut pas n&#233;cessairement r&#233;v&#233;lateur d'un choix d&#233;cisif, tellement le bellicisme am&#233;ricain &#233;tait en l'occurrence caricatural. L'important pour les europ&#233;ens, dirigeants et citoyens est de savoir qu'une strat&#233;gie autonome et m&#233;diatrice entre les imp&#233;rialismes d&#233;clinants et &#233;mergents serait loin d'&#234;tre isol&#233;e, &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire et que l&#224; se situe la seule virtualit&#233; d'une politique &#233;trang&#232;re commune.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; En effet, cette seconde strat&#233;gie, r&#233;ellement m&#233;diatrice, est in&#233;vitablement celle de l'Inde, dont la croissance est presque aussi rapide que celle de la Chine et qui sera bient&#244;t plus peupl&#233;e qu'elle. Elle est aussi celle qui correspond &#224; l'aspiration d'une grande partie de l'Am&#233;rique latine, qui dans sa tr&#232;s grande majorit&#233; n'a jamais support&#233; la condescendance yankee. Elle pourrait aussi &#234;tre celle qui l'emporte dans la plus grande partie des pays arabes (d&#233;finitivement f&#226;ch&#233;s avec le prosionisme permanent des anglo-saxons) ou du continent africain, ainsi que dans nombre de pays asiatiques, normalement allergiques &#224; toutes les formes de n&#233;o-colonialisme, mais quelque peu inquiets de la mont&#233;e en puissance chinoise. Mais cette strat&#233;gie m&#233;diatrice ne peut prendre consistance dans la seule posture &#171; ni-ni &#187; d'un nouveau mouvement des non-align&#233;s (l'ensemble des pays concern&#233;s est par trop disparate), elle doit se situer dans une position beaucoup plus constructive de mise en &#339;uvre de nouvelles r&#233;gulations mondiales r&#233;ellement multipolaires. A vrai dire, cette strat&#233;gie m&#233;diatrice trouverait son v&#233;ritable sens dans l'&#233;laboration de perspectives, qui pourraient converger avec celles de l'ensemble des &#171; citoyens du monde &#187;, cette &#171; multitude &#187;, dont le mouvement altermondialiste constitue aujourd'hui l'&#233;l&#233;ment le plus militant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4 Le r&#244;le de la &#171; multitude &#187; et du mouvement altermondialiste :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Partout dans le monde, des citoyennes et des citoyens se mobilisent contre tel ou tel effet de l'un ou de l'autre des p&#233;rils actuels de la mondialisation. Depuis pr&#232;s d'une dizaine d'ann&#233;es, les prises de conscience sociale, &#233;cologique, altermondialiste, f&#233;ministe, citoyenne, pacifiste se sont d&#233;velopp&#233;es et dans bien des cas se sont rejointes, quoique de fa&#231;on encore trop ponctuelle. Car, pour les unes et pour les autres, les luttes victorieuses sont encore trop rares ; et comment en serait-il autrement, alors que nous combattons presque toujours contre les logiques dominantes et presque jamais pour des strat&#233;gies alternatives ? Et la difficult&#233; que nous avons &#224; construire ces derni&#232;res ne renvoie t'elle pas, &#224; son tour, &#224; l'absence d'une analyse commune des causes profondes qui unissent ces p&#233;rils d'apparence si diff&#233;rents ? La d&#233;nonciation du &#171; n&#233;o-lib&#233;ralisme &#187; est certes devenue commune, mais avec toutes ses ambigu&#239;t&#233;s (variables suivant les langues), elle n'est certainement pas suffisante : nous aurions d&#233;j&#224; pu la formuler telle quelle dans les ann&#233;es 1970, sans prendre en compte ce que la mondialisation a boulevers&#233; depuis, en une seule g&#233;n&#233;ration, en trente ans &#224; peine. Nous devrions aujourd'hui &#234;tre tous d'accord pour aller beaucoup plus loin ensemble, pour consid&#233;rer que depuis un quart de si&#232;cle, le capitalisme que nous d&#233;non&#231;ons a chang&#233;, non seulement d'&#233;chelle (son internationalisation croissante est devenue &#171; globalisation &#187;), mais aussi de nature (sa financiarisation est aujourd'hui dominante) et d'enjeux (de signe de modernit&#233;, il devient symbole de peurs).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le point de d&#233;part d'un consensus altermondialiste r&#233;ellement positif doit s'appuyer sur l'ensemble des combats d&#233;fensifs que l'ensemble de ses composantes a du livrer, souvent dans l'urgence, depuis plus d'une dizaine d'ann&#233;es contre les p&#233;rils les plus divers et des solutions partielles qu'il a su d&#233;gager dans nombre de cas. A partir de l&#224;, par une sorte de p&#233;dagogie ascendante, il doit se poser la question de leurs causes communes. En choisissant arbitrairement des exemples, qui rel&#232;vent chacun de l'un de ces p&#233;rils contemporains : y a-t-il une logique commune au r&#233;chauffement climatique, &#224; la famine dans tant de pays du sud, au renforcement g&#233;n&#233;ral des tendances autoritaires et enfin au caract&#232;re de plus en plus dramatique de la situation du proche Orient ? Et si la r&#233;ponse est oui, y a-t-il un principe unificateur qui pourrait permettre de faire converger toutes les luttes contre ces p&#233;rils ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous savons, comme tout le monde, qu'en r&#233;alit&#233; chacun de ces p&#233;rils, d&#233;j&#224; multiformes par eux-m&#234;mes, rel&#232;ve d'un enchev&#234;trement de causes multiples, qui peuvent d'ailleurs varier suivant les lieux, certains &#233;tant &#233;videmment tr&#232;s anciens et d'autres sans doute plus r&#233;cents. Mais si la carte n'est jamais le territoire et la r&#233;alit&#233; toujours plus complexe que le discours, pour favoriser les d&#233;bats, en vue d'une plus grande convergence et d'une plus grande efficacit&#233; des luttes, et le passage de leur stade d&#233;fensif &#224; celui de leur contre-offensive, nous devons d'abord admettre l'hypoth&#232;se volontairement simple, voire simpliste, qui pourrait faire l'objet d'un tr&#232;s large consensus que : cette mont&#233;e concomitante des p&#233;rils a une m&#234;me cause principale, qui nous entra&#238;ne de fa&#231;on syst&#233;mique vers les ab&#238;mes : la globalisation financi&#232;re mise en place progressivement depuis le d&#233;but des ann&#233;es 80 et son interd&#233;pendance organique, avec une forme g&#233;opolitique que l'on peut qualifier de n&#233;o-imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Logique contre logique &#8211; on pourrait &#233;crire classe contre classe, &#224; condition d'analyser la fa&#231;on dont justement l'accumulation financi&#232;re d&#233;forme consid&#233;rablement l'agencement des classes sociales -, on ne peut opposer &#224; cette accumulation du capital financier autre chose que l'accumulation des droits et des savoirs, par la g&#233;n&#233;ralisation, &#224; tous les niveaux, du local au plan&#233;taire, de r&#233;gulations citoyennes, dont les r&#233;gulations &#233;tatiques et plus largement publiques sont une part plus ou moins consistante, suivant les probl&#232;mes et les lieux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette nouvelle r&#233;gulation ne peut pas trouver son mod&#232;le dans les anciennes r&#233;gulations des &#233;tats nations, qu'on les prenne dans leur contours historiques, ou dans celles, utopistes de l'ensemble de la plan&#232;te :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; La recherche d'une nouvelle r&#233;gulation ne peut pas &#234;tre le retour &#224; un fractionnement du monde, &#224; un soi-disant &#171; concert des nations &#187;, &#233;videmment lourd des pires conflits. Les drames humains, les urgences &#233;cologiques et les risques g&#233;omilitaires, nous le rappellent dramatiquement tous les jours : nous n'avons qu'une seule plan&#232;te, dont nous sommes tous solidairement responsables. C'est pourquoi, l'altermondialisme n'est pas un anti-mondialisme, mais l'actualisation permanente de ce qu'&#233;tait en son temps le vieil internationalisme humaniste d'un Jaur&#232;s, pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'&#233;poque o&#249; s'exasp&#233;raient les contradictions entre imp&#233;rialismes d&#233;clinants et imp&#233;rialismes &#233;mergents (comme aujourd'hui ?). L'altermondialisme contemporain fait sien les valeurs fondamentales de l'internationalisme traditionnel, mais il ne peut consid&#233;rer ni la nation, ni aucune autre sorte de souverainet&#233; comme pertinente pour r&#233;guler l'embo&#238;tage de communaut&#233;s de vie et de destin, qui forment autant de communaut&#233;s politiques diff&#233;renci&#233;s, de la plan&#232;te jusqu'au quartier et au village.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.forumgc.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Cette nouvelle r&#233;gulation ne peut pas plus esp&#233;rer, &#224; un horizon cr&#233;dible, la mise en place d'un gouvernement plan&#233;taire. M&#234;me si nous poursuivons les plus hautes ambitions collectives , m&#234;me si nous ne devons pas cesser de promouvoir l'id&#233;al d'une citoyennet&#233; mondiale, une telle utopie humaniste est aujourd'hui hors de port&#233;e et ne peut en aucun cas &#234;tre avanc&#233; comme un horizon pr&#233;alable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par contre, &#224; d&#233;faut de convaincre toutes les puissances et toutes les consciences de faire &#171; du pass&#233;, table rase &#187;, on peut esp&#233;rer (devant les risques d'&#233;clatement de crises en tout genre), constituer une large alliance pour proposer une nouvelle r&#233;gulation mondiale, l&#233;gitime et efficace. Celle-ci devrait s'appuyer sur la Charte des Nations Unies, la D&#233;claration Universelle des droits de l'homme et les valeurs universalisantes de paix, de solidarit&#233; internationale, de d&#233;veloppement durable et de diversit&#233; culturelle, en s'appuyant sur tous les efforts sinc&#232;res de coop&#233;ration mondiale et r&#233;gionale, men&#233;s depuis 60 ans. Pour cela, les institutions existantes ne doivent pas &#234;tre ni&#233;es dans leur principe, car elles ont vocation &#224; cr&#233;er les conditions d'une r&#233;gulation concert&#233;e et anti-h&#233;g&#233;monique des grands probl&#232;mes mondiaux. Mais, elles doivent &#234;tre aujourd'hui critiqu&#233;es, sans rel&#226;che et sans complaisance, pour leur absence ou leur insuffisance de l&#233;gitimit&#233; et, par l&#224; m&#234;me d'efficacit&#233;, ce qui suppose, moins leur disparition que leur transformation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut donc que le mouvement altermondialiste sache convaincre la conscience universelle, qu'entre r&#233;gression et utopie, il est possible de d&#233;finir une autre r&#233;gulation mondiale, &#224; la fois l&#233;gitime et efficace, compte tenu de ce que l'efficacit&#233; ne pourra r&#233;sulter que de sa nouvelle l&#233;gitimit&#233;, fond&#233;e sur la promotion des droits humains et des libert&#233;s. Cette nouvelle r&#233;gulation ne peut reposer que sur une strat&#233;gie de transformation des institutions existantes. Mais, en m&#234;me temps, elle est toute autre chose qu'une simple addition de r&#233;formes ponctuelles, qui seraient l'affaire de technocrates et d'experts internationaux, et elle a besoin, pour r&#233;ussir, de la participation du plus grand nombre des citoyens du monde, de leurs mouvements sociaux et culturels, de leurs organisations syndicales et de leurs &#233;lus l&#233;gitimes, qu'ils soient nationaux ou locaux. Ce sont, eux tous, qui doivent s'emparer, en toute circonstance d&#233;sormais, des principes essentiels d'une nouvelle r&#233;gulation mondiale, l&#233;gitime et efficace, et de toutes les cons&#233;quences qui en d&#233;coulent. D'o&#249; un seconde axe de propositions, non moins simple dans sa formulation :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Seul un ensemble de r&#233;gulations citoyennes peut permettre de conjurer l'ensemble des p&#233;rils contemporains, qui accompagnent la crise actuelle de la mondialisation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Celles-ci devraient &#234;tre promues &#224; tous les niveaux, du local au global, en passant par le r&#233;gional, le national et le continental. Dans ce qui suit, nous proposons quelques pistes pour ce dernier :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;II-2 : Les pistes d'une r&#233;gulation citoyenne mondiale&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Afin de stimuler les d&#233;bats sur des strat&#233;gies correspondant aux mutations actuelles de la mondialisation, nous proposerons une perspective g&#233;n&#233;rale, dont nous avons bien conscience qu'elle rompt avec une grande partie de la tradition de la gauche fran&#231;aise, et nous commencerons &#224; la concr&#233;tiser par l'&#233;nonc&#233; de 10 propositions :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1- La perspective d'un monde sans empire, ni souverainet&#233;s&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A notre &#233;poque globalis&#233;e, l'internationalisme de la gauche ne peut &#234;tre qu'altermondialiste : nous ne pouvons, ni ne voulons &#233;crire l'histoire &#224; l'envers par un retour vers les anciennes formes souverainistes, ni nous accommoder du processus de mondialisation en cours.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A l'origine de nos soci&#233;t&#233;s historiques, se trouve l'Empire, c'est-&#224;-dire la vision d'un absolutisme universel, dans laquelle ce pouvoir omnipotent, illimit&#233; et inconditionnel est celui de Dieu et/ou de son incarnation terrestre, l'Empereur. Dans notre civilisation, au IV&#232;me si&#232;cle de notre &#232;re, alors m&#233;diterran&#233;o-centr&#233;e, la d&#233;cision de Constantin de faire du christianisme la religion d'Etat conforte cette ambivalence de l'Empire, en m&#234;me temps qu'elle en mine l'unicit&#233; : le Pape reste &#224; Rome, alors m&#234;me que l'empereur fonde Constantinople&#8230;. D&#233;sormais, pendant plus d'un mill&#233;naire, la question sera de savoir qui de l'un ou de l'autre incarne cet universalisme. Et ce d&#233;bat se compliquera jusqu'&#224; l'absurde, d&#232;s lors qu'il y aura, &#224; partir de Ch