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Europe : derrière le populisme, l’ultra-libéralisme vendredi 28 juin 2002 |
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— Politique
n°15, juin 2002
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Il ne suffit pas de constater la poussée évidente de l’extrême droite en Europe, il faut pour la combattre en analyser les ressorts profonds et les objectifs réels.
Quel tableau de chasse ! Depuis un peu plus de trois ans, des formations que l’on peut qualifier d’extrême droite ou de la droite extrême populiste ont pu accéder au pouvoir en alliance avec la droite classique en Autriche, en Italie, au Danemark, récemment aux Pays-Bas. Sans accéder au pouvoir, de tels partis ont obtenus des scores très importants en Belgique et en France. En Grande-Bretagne l’extrême droite a pour la première fois obtenu quelques élus aux élections municipales du mois dernier. Enfin hors de l’Union européenne on a assisté au même phénomène en Suisse et en Norvège. Et ce n’est probablement pas fini. En Allemagne l’extrême droite de filiation nazie ne parvient pas à progresser de façon significative mais le terrain de la droite populiste à connotation nationaliste est largement occupé par la CSU bavaroise de M. Stoïber qui est le candidat soutenu par la CDU et qui est pour le moment donné nettement gagnant par les instituts de sondage en prévision de l’élection législative de l’automne. La Suède paraît elle aussi gagnée par la contagion. Enfin, si la Grèce n’a pas encore vu une percée d’extrême droite, c’est une large partie des forces politiques traditionnelles qui sont contaminées par le discours nationaliste, ultra-sécuritaire voire par les exigences d’une Église orthodoxe très traditionaliste. Pas brillant le tableau ! On peut toujours se rassurer en se disant que nous sommes les seuls en France (mis à par le Vlaamsblock flamand) à nous trouver face à une extrême droite de nature presque ouvertement fasciste ou de filiation pétainiste, que les mouvements qui se développent actuellement en Europe refusent eux mêmes de fréquenter. Cela ne change pas le fait que ces partis présentent des traits communs mêlant la xénophobie, le racisme, l’hostilité au multi-culturalisme, la promotion d’un ordre moral conservateur. Enfin à peu près tous ont produit une curieuse synthèse du protectionnisme et de l’ultra-libéralisme qui aboutit toujours à des propositions visant à faire reculer le service public et à disloquer le modèle social européen. Faire passer cette version-là de l’ultra-libéralisme est assez complexe puisque ses promoteurs la veulent également anti-mondialisation et anti-européenne. C’est probablement ce qui explique le trait commun du recours systématique au populisme. Cela se fait sous la forme du rejet du système et des élites qu’il produit, de la minorisation systématique de sa légitimité et de sa représentativité, de la mythification de l’État fort, au besoin autoritaire mais porteur de « sécurité », enfin sous la forme d’une défense qui se veut intransigeante de l’identité nationale et culturelle menacée par l’immigration et la mondialisation. Autant d’éléments constitutifs de cette nouvelle extrême droite et valables à peu près partout qui devraient en bonne logique en faire pour la droite libérale classique protagoniste de la mondialisation actuelle, un adversaire avec lequel l’alliance n’est pas concevable. Et pourtant, à l’exception, pour le moment du cas français, c’est l’inverse qui se passe comme si les milieux dirigeants libéraux avaient tendance à se dire que si les peuples ont de plus en plus de mal à accepter le cours de la mondialisation, il sera toujours possible de passer par le détour d’un autre type de dérégulation et de destruction des modèles sociaux existant au nom du populisme et d’un néo-protectionnisme qui n’existerait bien sûr que dans le discours. À cela s’ajoute un autre élément qui intéresse les libéraux classiques à savoir le discours anti-fiscaliste de cette nouvelle extrême-droite, cela permet d’enfoncer le coin contre l’État providence de nature social-démocrate mais aussi dans telle ou telle région européenne riche, l’exemple de la Lombardie et du rôle qu’y joue la Lega est très révélateur, de s’opposer aux transferts de fonds dans un cadre national ou européen vers des régions plus pauvres. Si on revient d’ailleurs sur le cas français, la rapidité avec laquelle l’UMP a pratiqué le blanchiment d’hommes comme Charles Millon ou Jean-Pierre Soisson montre que la porte n’est pas définitivement fermée à une droite extrême, voire à une extrême droite qui parviendrait, l’âge aidant, à lever l’hypothèque Le Pen pour ne conserver que la face populiste. La vague populiste en Europe est sans doute un des éléments importants pour expliquer l’effondrement subi en quelques mois par les partis de la social-démocratie qui dominaient treize gouvernements sur quinze et qui ne figurent plus, provisoirement, que dans quatre. Mais il ne saurait bien sûr tout expliquer et il faudra bien que les socialistes continentaux se demandent pourquoi ils ont été incapables de modifier réellement quand ils étaient majoritaires, le cours de la construction européenne. La faute aux contraintes extérieures, c’est en partie vrai, mais surtout l’absence de volonté politique et de réel projet. De plus de ce côté là de l’échiquier le recours à l’alliance avec le populisme, fut-il une tentative aberrante de populisme ou de souverainisme de gauche est perdante d’avance. Il n’en est que plus essentiel de repenser la gauche à échelle nationale certes, mais tout autant à échelle européenne. |
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