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Les retraites : y a-t-il urgence ?
vendredi 2 mars 2001



Le MEDEF crie sur tous les tons qu’il y a urgence à trancher de l’avenir des retraites. Il est pourtant incapable de le démontrer et le plus urgent aujourd’hui ets d’avancer des propositions dans un débat qui doit se poursuivre.

Il faut réformer les régimes de retraite par répartition, ne serait-ce que pour mieux assurer leur financement futur face aux appétits des assureurs et autres partisans de la capitalisation et des fonds de pension. De surcroît, toute solution ayant un aspect désagréable (baisse de pouvoir d’achat des retraites, hausse des cotisations, ou allongement de la durée de cotisation) serait moins difficile à faire avaler aux intéressés, si on l’étalait davantage dans le temps et, par conséquent, si on se dépêchait de la mettre en oeuvre, dès maintenant. Avec ces deux arguments d’apparent bon sens, le MEDEF et la droite crient à l’urgence.

Pour faire bonne mesure, ils se réfugient, suivant leur mauvaise habitude, à l’étranger, avançant le fait que tous nos voisins sont largement plus avancés que nous dans la voie de ces réformes. Ce dernier argument mérite qu’on s’y arrête, en effet.

Or, que constatons-nous ? Tous nos voisins ont un rapport entre retraités et actifs beaucoup plus mauvais que le notre, du fait d’un taux de natalité beaucoup plus faible, depuis au moins deux décennies : pour autant que l’argument soit recevable, il signifie que nous disposons de 5 à 10 ans, pour achever une telle réforme. Achever, parce que les exemples étrangers montrent aussi que l’on ne peut finalement réformer les retraites, qu’à la suite d’un long processus de recherche du consensus. En bref, en faisant le contraire de ce que font aujourd’hui MM. Kessler et Seillère, qui d’un côté refusent de siéger au Conseil d’Orientation des Retraites et de l’autre prétendent tout régler en voulant faire cesser unilatéralement le paiement des cotisations par les entreprises.

La réaction massive des salariés et des retraités, dans l’unité syndicale, et la détermination du Gouvernement ont fait reculer les dirigeants du patronat, de plus en plus désavoués en pratique par leur base : la grande majorité des entreprises ont continué de verser, malgré le caractère alléchant du mot d’ordre. Mais la défense du statu quo ne peut évidemment pas tenir lieu de stratégie de réformes ! Sans pouvoir ici expliciter celle-ci (qui devra être au final une oeuvre collective, plus que celle de tel ou tel expert), rappelons seulement les termes incontestables du débat :

- La meilleure façon de financer les retraites est de continuer à créer des emplois (et donc d’augmenter le nombre de cotisants) au meilleur rythme possible. Ainsi, 2 ans après la sortie du rapport Charpin, qui quantifiait l’avenir de toutes les caisses de retraite jusqu’en 2040 ( ?), le moment où les régimes de retraite risquent de devenir globalement déficitaires a reculé d’au moins 3 ans ! Dans le même temps, comme le suggérait le rapport Teulade adopté par la majorité du Conseil Économique et Social, l’INSEE a révisé à la hausse les taux d’activité, l’INED ceux de la natalité, les prises de position plus favorables à l’immigration se sont multipliées de Juppé à la Chambre de Commerce d’Ile de France... Les sphères dirigeantes sortent progressivement de la vision néo-malthusienne dans laquelle elles se complaisaient, pour justifier leur catastrophisme et donc l’urgence de leur solution. La décision de demander au Conseil d’Orientation des Retraites de réviser tous les 3 ans les prévisions de financement des différents régimes est de ce point de vue une décision raisonnable.

- Les seules certitudes actuelles sont de bonnes nouvelles, dont il faut évidemment tirer toutes les conséquences : l’espérance de vie continue d’augmenter et la santé des personnes de 60 ans et plus s’améliore. Il s’en suit que le besoin d’activité (au sens le plus large du terme) augmente pour l’ensemble des quinquagénaires et plus. L’urgence est donc de commencer par mettre fin à cette mauvaise exception française qui veut que notre pays est celui qui connaît le plus de préretraités, où le taux de chômage des quinquagénaires est celui qui baisse le moins, où des branches patronales de l’industrie à la banque négocient de nouveaux départs à 55 ou 58 ans, au moment même où leurs chefs (sic) réclament 5 ans de plus de cotisations !

La solution est connue et largement consensuelle : le Premier ministre doit convier les partenaires sociaux à une réunion tripartite, ayant pour objet l’adoption d’un calendrier, pour le redéploiement progressif de toutes les formes de financement (public et privé) des préretraites, vers des mécanismes de retraite choisie et progressive : ces derniers1 permettraient à chacun, suivant le pari humaniste de Jean Jaurès, et comme le firent les suédois dès 1976, de choisir personnellement le rythme et la date du passage de la pleine activité professionnelle à la pleine retraite, quelque part entre 55 et 65 ans.

Il n’y a donc aucune urgence à tout régler dans l’année qui vient, mais il faut commencer dès maintenant à créer les conditions d’une réforme nécessaire. La seule urgence, mais il ne faut pas la négliger, est de profiter de l’amélioration actuelle des comptes, pour assainir la situation des fins de carrière, de façon à faciliter la réforme des retraites, quand celle-ci apparaîtra indispensable. Pour pouvoir réformer dans de bonnes conditions, d’ici à quelques années, les régimes de retraite, dépêchons-nous de commencer par régler, dans les deux années qui viennent, la question des préretraites.

1. Pour de plus amples détails, on peut consulter « Pour des retraites choisies et progressives », Rapport au Premier ministre, Conseil d’Analyse Économique, Documentation Française, Paris, janvier 2000.

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