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La résistible ascension de Nicolas Sarkozy lundi 20 septembre 2004 |
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— Politique
n°38, septembre 2004
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La guerre Chirac-Sarkozy est probablement loin d’être terminée, mais il convient de se demander pourquoi l’essentiel de la droite française n’a trouvé pour recours que le futur ex-ministre des Finances.
Il aura donc suffi d’un été pour que l’UMP, il est vrai bien malade, tombe comme un fruit mûr dans les rets de Nicolas Sarkozy. Nul ne poussera la naïveté jusqu’à croire que le passage de l’agressivité chiraquienne du 14 juillet dernier à l’adoubement du début septembre pourrait signifier que la guerre annoncée n’aura pas lieu. Le président de la République a simplement pris acte du fait qu’il n’était pas en mesure de livrer bataille par candidat interposé pour le contrôle du parti majoritaire à l’Assemblée nationale, mais dont chacun sait qu’il est devenu nettement minoritaire dans le pays. L’armistice ainsi négocié ne devrait pas modifier longtemps la tendance profonde pour la droite, à savoir l’engagement d’une longue et probablement acharnée bataille de leadership. D’un simple point de vue tactique, le futur président de l’UMP et futur ex-ministre des Finances sait d’ailleurs fort bien que son existence médiatique (or toute sa stratégie repose sur des effets de communication), dépendra désormais des coups de griffe qu’il donnera, contre l’opposition sans doute, mais surtout des coups de canif dans le contrat passé avec le chef de l’État. On voit mal de l’autre côté Jacques Chirac, grand spécialiste en chausse-trapes et coups tordus, laisser s’installer durablement un candidat à sa propre succession qu’il n’aurait pas choisi. Pourtant, au-delà de ces probables péripéties, il importe de se poser une question beaucoup moins distrayante qui consiste à se demander pourquoi l’essentiel de la droite française s’est aussi vite jeté dans les bras du Rastignac de Neuilly, lui confiant en quelque sorte son destin ? À l’évidence les déroutes électorales du printemps sont passées par là et ont fortement entamé la crédibilité de Jacques Chirac et de ceux qui l’entourent, sans même parler du zombie politique qu’est devenu Jean-Pierre Raffarin. Mais peut-être pourrait-on également évoquer des données plus structurelles, une tendance lourde dans l’évolution des droites occidentales. Personnage vibrionnant et largement aussi opportuniste et dénué de scrupules que son vrai modèle politique (à savoir Jacques Chirac), il s’est trouvé à un moment donné le mieux placé pour incarner une sorte de libéral-populisme, porte d’entrée vers un capitalisme autoritaire. Nicolas Sarkozy est fondamentalement un adepte du néo-libéralisme le plus pur. Son projet politique, maintes fois réaffirmé, passe par la complète déstructuration du contrat social formulé à la Libération, et l’étape qui lui semble désormais la plus urgente est la dislocation du droit du travail. Tout cela est vrai mais en la matière il est loin d’être le seul dans le dispositif actuel de la droite. Qu’a-t-il donc en plus ? Qu’est-ce qui lui donne quelques longueurs d’avance sur ses principaux concurrents ? Probablement son identification à la politique sécuritaire menée dans la foulée de l’élection présidentielle et sa capacité à faire passer d’authentiques restrictions des libertés publiques pour la satisfaction de revendications populaires. À droite, beaucoup lui prêtent aussi une capacité, probablement largement surestimée, à regagner du terrain électoral sur l’extrême droite dans les catégories les plus pauvres. On lui prête enfin une aptitude à construire une cohérence entre les demandes traditionnelles de l’électorat de droite en matière d’ordre et de sécurité et selon la tendance lourde du capitalisme contemporain globalisé à devenir un capitalisme autoritaire, tendance que l’on peut vérifier de Washington à Paris en passant par Rome ou Londres. Cette tentation autoritaire est certainement ce qui unifie les politiques de droite un peu partout mais c’est aussi la posture qui est en train de se définir par rapport aux grands défis contemporains : des situations de guerre permanente à la difficulté croissante du vivre ensemble dans des sociétés où les fossés se creusent, de la crise écologique qui peut être source de fausses solutions inégalitaires et autoritaires à la complexité de processus mondialisés. Il ne s’agit pas ici de caricaturer celui qui sera probablement dans la prochaine période le principal adversaire de la gauche (ou à tout le moins un des principaux), mais de regarder lucidement les évolutions en cours et à quel point elles peuvent être porteuses de dangers. |
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