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Bagnolet (Seine-saint Denis) : Kosmopolite, un festival d’art mural co-géré mardi 3 mai 2005 |
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THEMES ABORDES :
—Démocratie participative
n°45, avril 2005
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Le festival de graffiti de Bagnolet, Kosmopolite, est soutenu par le service culturel de la mairie, mais organisé artistiquement par deux collectifs locaux de graffeurs. Un apprentissage mutuel, ouvert sur la ville.
Immerger la population dans l’univers du graffiti. « Ne pas montrer que le tag, la partie visible de l’iceberg, mais aussi et surtout l’aspect culturel. » Pour Kongo, membre du collectif des MAC, organisateur avec le collectif Douze12 et la mairie de Bagnolet du festival international de graffiti et d’expression urbaine, Kosmopolite, il s’agit de parler et faire parler de la pratique du graffiti autrement qu’à travers la voie classique, celle des « victimes ». Le festival en est à sa quatrième édition, les deux collectifs ont réussi leur pari : s’être fait entendre et comprendre auprès de la ville, qui a accepté de les laisser organiser eux-mêmes leur festival. « Nous sommes parvenus à amener l’institution vers une réalité proche de la “culture graffiti”, à inclure le graffiti dans l’urbanité et la culture de la ville », souligne un membre du collectif Douze12, qui se fait appeler « Gilbert et Mazout ». Et la réussite du festival tient beaucoup à cela. Car si les graffeurs répondent toujours présents aux invitations à des évènements organisés par des personnes du milieu, ils sont toujours réticents à répondre positivement à celles des municipalités. « Les graffeurs se demandent toujours quel intérêt poursuit la ville, se méfient des tentatives de récupération. Si c’est organisé par des amis, les rapports sont plus directs », précise « Gilbert et Mazout ». Événement culturel majeur Kosmopolite compte aujourd’hui parmi les événements culturels majeurs de Bagnolet. Mais gagner la confiance de la municipalité a pris du temps. La première grosse collaboration avec la ville a lieu en 1999. À l’occasion d’une rétrospective consacrée à un collectif de peintres, il est demandé à Douze12, groupe d’artistes pluridisciplinaires présent à Bagnolet depuis 1995, de monter un projet autour d’un collectif de cinq artistes pour accompagner l’exposition. « Nous avons proposé d’habiller l’extérieur de l’exposition, d’utiliser des surfaces murées et ainsi de faire le lien entre deux types de surfaces exposées. La mairie a particulièrement apprécié le concept de galerie à ciel ouvert, le fait d’investir les parcelles d’espace public en jachère », se souvient « Gilbert et Mazout ». Le collectif Douze12 a travaillé avec les MAC, un collectif formé en 1987 spécialisé dans les fresques grand format. Une collaboration qui a porté ses fruits : la rue Sadi Carnot, artère principale et moribonde de Bagnolet a été la toile de fond d’une expérience qui a duré trois ans.« Il s’agissait, par la peinture, de ramener la vie, de redonner aux habitants la possibilité d’échanger avec les graffeurs, mais aussi entre eux », précise Kongo. « La peinture est un excellent média. Il faut commencer par poser ce qui est “joli” et compréhensible pour pouvoir discuter avec le public. » « On peignait à visage découvert, au beau milieu de l’espace public et du public », précise « Gilbert et Mazout ». « Le projet s’insérait dans la ville et touchait directement les gens. » Les artistes repassent leurs fresques tous les trois mois. Les thèmes abordés le sont, soit à la discrétion des graffeurs, soit à la demande de la ville. « S’adapter à son époque » L’idée d’un festival a très tôt germé dans l’esprit des collectifs, pour éviter l’usure et donc renouveler les expériences, mais surtout avec l’envie de faire prendre conscience de la diversité de leur art qui va du détournement publicitaire au mélange d’aérosols. « On voulait sortir du traditionnel Jam Hip hop où la danse est la discipline phare et le graffiti réduit à la portion congrue. On voulait mettre l’art mural au centre et faire s’articuler autour les différents spectacles », explique « Gilbert et Mazout ». La ville connaît le potentiel artistique des deux collectifs qui sont implantés et est de suite emballée. L’office HLM adhère au projet et passe une convention avec la mairie et l’association Kosmopolite, organisatrice du festival, pour « le prêt » d’un mur d’immeuble. L’organisation est assurée conjointement par la ville et les collectifs, qui se voient entièrement déléguer la partie artistique. Un mode de fonctionnement qui s’est accompagné de concessions réciproques. « Gilbert et Mazout » explique que les graffeurs ont dû « apprendre les codes qu’une institution utilise dans ses rapports avec une autre institution et avec les citoyens. Nous avons dû tenir compte de nombreux paramètres : sécurité, entretien de la voirie, anticiper les désagréments. Mais nous avons su aussi redonner de la souplesse à la municipalité. Une institution est un chêne massif, or ce n’est qu’en faisant preuve de souplesse qu’elle peut comprendre toutes les tendances d’une époque et s’y adapter. » Le festival est financé par la ville (aidée par le conseil général) qui confie aux collectifs une enveloppe de 22000 euros pour couvrir le défraiement des artistes (qui ne sont pas rémunérés) et le matériel. Les coûts indirects (technique, sécurité, nettoyage) sont pris en charge par la mairie. Le coût total de la manifestation est estimé par la mairie à 50000 euros. « Le montant de l’enveloppe est insuffisant, on est obligé de faire appel au sponsoring », souligne « Gilbert et Mazout ». Un montant estimé conséquent par la mairie par rapport au budget de la ville. Le festival reste polémique Un contrat annuel est passé entre la ville et les collectifs. Un détail qui a toute son importance, car il témoigne de la reconnaissance professionnelle accordée par la mairie aux graffeurs. « Toutefois, le fait qu’il s’agisse d’une contractualisation annuelle nous contraint à refaire notre chemin de croix tous les ans auprès de l’institution pour remettre le festival au goût du jour », se plaint « Gilbert et Mazout ». La mairie considère Kosmopolite comme un projet culturel parmi d’autres et souhaite se réserver la possibilité d’en changer en cas d’usure. Surtout, le festival international de graffiti reste un projet politique toujours sujet à polémique, sur lequel il est difficile de s’engager à long terme. « Une politique culturelle est toujours un engagement et Kosmopolite fait figure d’enjeu politique », souligne « Gilbert et Mazout ». Car, plutôt que de brosser dans le sens du poil d’une partie de l’électorat, et d’agir par la répression et le nettoyage, la municipalité a choisi de valoriser un art. Moyen pour elle de se positionner comme ville novatrice. De plus, Bagnolet est une ville populaire qui essaye, à l’aide de sa politique culturelle, d’amener un maximum de population à avoir une pratique artistique. L’art urbain est une forme qui s’y prête bien. « On touche plus de monde que si on peignait en atelier, c’est ce qui en fait un art populaire », estime Kongo. Signe de cette reconnaissance artistique, Douze12 et les Mac dépendent du service culture de la mairie et non du service jeunesse. Films plastiques « La première édition se fait entre potes du monde entier et se passe super bien », se félicite Kongo. Une trentaine d’artistes aux styles différents réalisent pendant la durée du festival une fresque murale. Une exposition est programmée à la médiathèque et une librairie se transforme en galerie d’art pour accueillir une exposition en relation avec le graffiti. « On était attendus au tournant, mais il n’y a rien eu à déclarer », se souvient Kongo. La deuxième édition est, elle, victime du succès de la première et les organisateurs ont du mal à faire face à l’affluence des 10000 visiteurs. Kosmopolite s’est laissé déborder par les tags illégaux. Malgré le nettoyage, les habitants se sentent agressés. Les aspects positifs du festival en sont effacés. Les graffeurs insistent sur les carences de l’organisation municipale. « Gilbert et Mazout » souligne : « Il faut être conscient qu’il y aura des tags et il faut le prévoir et l’anticiper par des équipes suffisamment nombreuses qui encadrent et nettoient. » La mairie parle de responsabilité conjointe et insiste sur les moyens supplémentaires déployés l’année suivante, ainsi que sur une meilleure gestion de l’espace : les « cubes » d’expression libres sont cette fois disposés autour de la fresque principale dans le parc, afin de canaliser sur un secteur l’activité de peinture et permet d’éviter les risques de tags dans la ville. Arbres et mobilier urbain sont recouverts de films plastiques. Côté programmation, la volonté des collectifs est de montrer les connexions entre le graffiti et d’autres arts : pour la troisième édition, une performance multimédia live, synthèse entre art urbain et musique électronique a eu lieu sur la place du centre ville. La quatrième édition aura pour thème le retour que le graffiti a suscité dans les différents mouvements que sont la bande dessinée et l’architecture. « Nous souhaitons aussi montrer que ce qui se fait dans cette culture du graffiti n’est pas que mural. Il existe aussi des artistes qui choisissent la toile, le papier », explique « Gilbert et Mazout ». Les différentes tendances du graffiti se retrouvent d’ailleurs en partie dans la « spécialité » de chacun des deux collectifs : les MAC sont plus du côté du street art, des « writers », qui font surtout du lettrage ; Douze12 illustre une tendance plus graphique, utilisant plusieurs supports. « On a perdu des amis » Une réussite qui n’est pas toujours acceptée de la part de certains graffeurs qui prennent un malin plaisir à jouer les trouble fête à chaque édition : mur du festival off repassé la première année, même traitement pour le mur d’annonce de la deuxième édition. « On s’attendait à ce que certaines personnes cherchent à faire capoter le Festival, mais on ne pensait pas qu’elles seraient issues du milieu. Notre projet attire bien des convoitises. Ceci illustre que le milieu du graffiti n’échappe pas à la division », regrette Kongo. « On a perdu des amis, des plumes qui ont choisi une autre direction. Mais je continue à penser que le futur de notre art dépend de la promotion que l’on en fait avec nos propres armes. Aujourd’hui on est intégré à la ville, alors qu’avant on était considérés comme des parasites. Notre objectif est de pouvoir devenir des acteurs de la ville à part entière. » Et pour faire un pas supplémentaire dans cette direction, il faut renforcer la gestion de l’après-festival. Tâche qui revient tant à la municipalité qu’aux collectifs de graffeurs. D’ici quatre mois, un atelier graffiti à l’année devrait être mis en place sous l’autorité du service jeunesse, et réalisé non plus par un artiste isolé mais par les collectifs organisateurs du festival. Une activité qui permet de pérenniser l’esprit de Kosmopolite festival et d’amorcer une collaboration avec le service jeunesse. Collectif Douze12 : gilbertpetit@yahoo.fr *Cet article est également publié par la revue de l’Adels, Territoires, avec laquelle Confluences a engagé une collaboration étroite. |
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