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La Navette N°10 (septembre 2006)
Une perspective politique s’ouvre (La navette N°10)
La Navette N°10
vendredi 29 septembre 2006



Une perspective politique s’ouvre

14 septembre 2006

PDF - 37.1 ko
La Navette N°10

Le principal fait nouveau de cet été se situe à la gauche du PS, dans l’initiative des collectifs pour un « rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes ». Ceux-ci ont tenu une réunion nationale le 10 septembre dernier, qui fut incontestablement un vrai succès politique (cf. le compte-rendu du collectif d’animation du FGC, ci-après). Pour regarder avec lucidité le chemin à parcourir, quatre types de problèmes se posent :

 Le premier est d’améliorer la démocratie de ce rassemblement, qui repose à la fois sur un cartel d’organisations, grandes et petites, et sur un nombre croissant de collectifs locaux. Cette question est fondamentale, mais il nous a semblé à la réunion du collectif national du 12 septembre (où nous sommes plusieurs membres à siéger, soit au nom d’une organisation, soit en tant que « personnalités »), qu’il y avait une volonté générale d’améliorer grandement les pratiques démocratiques, qui ne sont évidemment pas simples à concrétiser, quand on est déjà plusieurs dizaines de milliers.
 Le second est celui de la position adoptée par la majorité de la LCR, présente, mais « observatrice », et qui tente visiblement de préserver son choix pour la candidature annoncée de Besancenot, alors que le processus en cours devrait le conduire à n’être qu’un présidentiable, parmi d’autres. Comme il faut bien rationaliser un tel choix tactique, un procès d’intention est fait sur la volonté d’aboutir à un contrat de gouvernement avec le PS, sur des bases qui ne pourraient être que « social-libérales ». Le texte final, vous le verrez (voir la rubrique « Documents & Analyses » plus bas), dit clairement le contraire, mais derrière ce prétexte, il y a un problème bien réel, qui se pose dès maintenant à toute la gauche non-socialiste : quand et comment discuter avec les dirigeants socialistes, aujourd’hui bien plus préoccupés de la « lutte de places » que de toute autre considération ? C’est le grand mérite d’un certain nombre de membres du FGC, pour la plupart responsables politiques importants (ancien ministre comme Marcel Rigoud, parlementaires, élus régionaux ou maires de grandes villes) de clairement poser les conditions d’un contrat de gouvernement antilibéral : nous vous invitons également à lire ce texte intitulé « urgence du projet » (cf. rubrique « Documents & Analyses »), et si vous le souhaitez à le signer. Il est, en effet, beaucoup plus complémentaire du précédent qu’on ne le pense à première vue, si on admet que le PS ne va certainement pas modifier son orientation et son projet, du moins tant qu’il n’existera pas un nouveau rapport de forces à gauche. En tous les cas, c’est dans cette optique que nous avons compris la position d’un certain nombre de membres de notre Forum qui, notamment dans des régions importantes, se sont à la fois prononcé pour des candidatures communes et en faveur de cet appel.

 Le troisième problème est posé par les intentions réelles de la direction du PCF. A partir du moment où la direction des Verts et celle de la LCR s’obstinent, au risque de provoquer un nouveau 21 avril, dans leur volonté boutiquière d’avoir leurs propres candidats, le PCF est de très loin la principale organisation, pleinement participante, au nouveau « rassemblement unitaire ». Dès lors, les dirigeants communistes ont deux attitudes possibles : ou bien, ils profitent de cette situation pour interdire toute autre candidature que celle de leur secrétaire générale et, en particulier, celle de José Bové : ils auront alors réduit l’actuel mouvement unitaire à un remake nationale des élections d’Île de France de 2004, ce qui peut certes leur permettre de faire un petit peu moins mal que dans une configuration classique ; mais, ils auront alors fermé la porte à la possibilité de rééquilibrer l’ensemble de la gauche. Ou bien, ils ont l’audace d’aller jusqu’au bout de cette poussée unitaire, et ils acceptent une autre candidature, émergeant des débats de tous les collectifs locaux et offrent, au-delà d’un score électoral plus élevé, notamment dans les milieux populaires (par l’addition des influences et la mobilisation des abstentionnistes), la possibilité de pérenniser une force politique, nouvelle dans son contenu et dans ses méthodes.
 A supposer que le second terme de l’alternative soit le bon (sinon, il faudra tout reprendre au lendemain de la présidentielle, dans les ruines de la gauche non-socialiste, et peut être de la gauche tout court), il restera, et c’est le quatrième problème qui se posera, à qualifier correctement ce nouveau rassemblement. Pour l’instant, il ne s’est défini que négativement : du non au Traité européen à l’anti-libéralisme. On ne peut le lui reprocher : d’abord, parce que l’on ne se pose bien qu’en s’opposant ; ensuite, parce que les forces au pouvoir ont pu jusqu’ici imposer les champs de bataille, qu’il s’agisse du caricatural titre III du feu Traité européen, aux attaques permanentes contre le modèle (peut être serait-il plus juste de parler de compromis) social français, qu’il s’agisse des retraites, du CPE ou de la privatisation de GdF. Il n’en reste pas moins que le nouveau rassemblement doit maintenant positiver ce qui le distingue du PS. Le FGC, s’il n’a pas vocation à intervenir dans les choix de tactique électorale des différents partis politiques, peut jouer un rôle essentiel dans la redéfinition d’un paysage politique plus équilibré. Pour ouvrir ce débat, nous nous contenterons ici de rappeler que s’il existe évidemment plusieurs gauches (et plusieurs clivages : écologistes versus productivistes ; souverainistes versus internationalistes ; centralisateurs versus libertaires, etc. ;), la réalité politique d’aujourd’hui (et le mode de scrutin majoritaire à deux tours) conduisent à un seul clivage principal. Et ce clivage, que l’on retrouve assez largement dans le monde syndical, est celui entre une gauche d’accompagnement et une gauche de transformation.

Au-delà des échéances électorales à venir, nous vous invitons d’ores et déjà à engager ce débat.

 

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