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Editorial La responsabilité de Marie-George Buffet (La Navette N°12) La Navette N°12 jeudi 2 novembre 2006 par Dominique Taddéi
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Le rassemblement unitaire « anti-libéral » (suivant une terminologie que beaucoup, sympathisants ou non, trouve insatisfaisante), a franchi une deuxième étape importante. Après avoir le 10 septembre défini une stratégie politique claire (candidatures uniques de 1er tour ; désistement au 2ème pour battre la droite ; pas de contrat avec le PS, compte tenu de son orientation actuelle), il a réussi à adopter un programme commun à l’ensemble des collectifs et organisations, le 15 octobre à Nanterre, encore amendable, mais déjà très détaillé (près de 120 propositions…).
Un succès méthodologique évident, un pas politique important Au-delà de son contenu précis (parfois discutable, ce qui paraît d’autant plus normal qu’il a vocation à être discuté…), ce texte constitue un fait politique important pour deux raisons : d’abord, par la diversité politique qu’il recouvre, entre militants et responsables communistes, écologiques, trotskystes, socialistes, mouvementistes, etc ; ensuite, parce que ce texte a réellement pris en considération, la multitude de propositions et d’amendements émanant de centaines de collectifs locaux (ces derniers sont passés de 450 à 650, durant ces 5 dernières semaines !), de compositions très diverses, mais pratiquement toujours pluralistes, signifiant que les capacités de synthèse et de dépassement des oppositions (souvent anciennes) ne relevaient pas d’une volonté tactique d’appareils parisiens, mais de l’émergence, à travers tout le pays, d’une culture politique commune, citoyenne, sociale, écologique, féministe, qui conçoit les prochains rendez vous électoraux, en terme d’alternative plutôt que de simple alternance. Disons le clairement : pour tous ceux qui ont œuvré depuis 15 ans, d’ICARE (Initiatives des Citoyens Actifs en REseau) jusqu’à Voter Y, pour qu’une nouvelle conscience de gauche, dépassant les vieilles idéologies, naisse des citoyens et de leur libre association, on ne peut que se réjouir d’une telle démonstration, même si bien entendu, on aurait préféré qu’elle soit plus large encore, du côté du PS, des Verts ou de la LCR, et que le texte adopté soit, sur plusieurs sujets cruciaux, plus constructif (sur l’Europe), plus précis (dans le champ économique ou institutionnel) ou plus audacieux (sur le plan du travail des femmes ou des deuxièmes parties de carrière, par exemple). Mais pour aller à l’essentiel, c’est un succès méthodologique évident et un pas politique important, dans la mesure où c’est l’intérêt de toute la gauche de réduire au maximum la dispersion électorale, d’abord pour mobiliser les abstentionnistes de 1er tour, ensuite, pour éviter, un nouveau 21 avril, et enfin, en cas de succès, pour équilibrer l’opposition de droite, par une capacité critique (au sens le plus noble du terme) de gauche. La responsabilité du PCF Bien entendu, la difficulté principale demeure et il ne reste guère que deux mois pour la surmonter : le choix du candidat « unitaire » à l’élection présidentielle est évidemment essentiel à la crédibilité de l’ensemble de la démarche. Or, personne ne peut ignorer que la solution dépend d’abord du choix de la direction du PCF, dans la mesure où c’est, de loin, la principale organisation pleinement impliquée dans ce rassemblement. Or, pour ceux que cela inquiète encore, il faut bien voir que ce parti est devenu une mosaïque, où les partisans de l’actuel rassemblement représentent certes une majorité, tandis que, bien évidemment, les archéo-communistes de type Bocquet, Gérin et Gremetz ou les nostalgiques de la gauche plurielle, avec Robert Hue, restent délibérément en marge. Et encore, parmi les communistes majoritaires, il y a, à côté des proches de Marie George Buffet, des courants comme ceux de P. Braouezec et de R. Martelli, qui (sans être forcément d’accord entre eux) représentent une volonté évidente de dépassement des vieux appareils. C’est pourquoi, si le PCF persistait à vouloir imposer la candidature de sa propre secrétaire générale (la personne n’est absolument pas en cause, mais sa fonction actuelle, qu’elle ne peut prétendre renier, pour l’occasion), l’ensemble du processus se trouverait objectivement (si on peut encore utiliser cet adverbe marxiste) dénaturé : il ne s’agirait plus que d’un (petit) rassemblement autour du PCF, un usage « relooké » des compagnons de route de toujours, ou, si on préfère, la nationalisation de la dernière élection régionale Ile de France de 2004, avec le même résultat médiocre. Sans être déshonorante, cette démarche, qui est soutenue par tous les courants archaïques du PCF, ramènerait le PCF à son seul étiage, au mieux entre Besancenot et Laguiller, et mettrait même en péril le maintien des positions communistes actuelles à l’Assemblée Nationale et dans les communes : la bipolarité de la vie politique que l’on veut tous éviter, deviendrait sans doute irréversible. Ouvrir un vrai débat sur la candidature A cet égard, la proposition faite par Marie George Buffet d’un double consensus (des collectifs locaux et des organisations nationales) peut permettre d’ouvrir un vrai débat. Il n’est, en effet, pas besoin de chercher à inventer un « mouton à cinq pattes », suivant la vilaine expression, qui commence à se répandre. En fait, comme cela avait été convenu, il existe, depuis le 1er octobre, 4 autres candidats déclarés, qui ne sont en rien des moutons (quel chien de garde prétendrait les surveiller ?) et ont tous des qualités remarquables, évidemment différentes, mais qui font que, pour la grande majorité de ceux qui se reconnaissent dans ce rassemblement, ils pourraient tout à fait représenter l’ensemble de la démarche, avec l’aide de tous les autres, à commencer, bien évidemment, par Marie George Buffet :
On pourrait comprendre que la direction du PCF exprime des réticences à l’égard de tel ou tel de ces candidats, comme beaucoup le font à l’égard de sa secrétaire générale, mais on ne pourrait admettre qu’il le fasse à l’égard de tous ces candidats, dont aucun n’est vraiment éloigné de lui et dont certains sont même proches, voire membres de son propre parti ! Nous comprenons la difficulté pour la majorité du PCF de faire accepter par l’ensemble de son appareil le choix de l’un(e) de ces quatre candidat(e)s. Mais, outre que cela est tout de même moins compliqué que de s’effacer par deux fois devant Mitterrand, qui représentait, dès 1965, une toute autre politique que celle des communistes, la dynamique unitaire ainsi créée serait aux antipodes de la déception créée par le retour à une démarche boutiquière. On peut regretter qu’il y ait aujourd’hui deux gauches en France (et il est de notre rôle de faciliter leur dialogue), mais pour battre la droite, autant souhaiter que chacune d’entre elles fasse les choix les plus efficaces pour elle et pour l’ensemble !
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