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Ségolène, comment faire avec ? (La navette N°14) La Navette N°14, 30 novembre 2006 lundi 4 décembre 2006 par Dominique Taddéi
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Au tout début de l’année, nous avions rédigé pour Confluences un article intitulé : Ségolène, pour quoi faire ? Dans celui-ci, nous insistions sur les raisons durables de l’attractivité de sa candidature dans l’opinion, sur la vraisemblance du ralliement de l’appareil et des élus du Parti Socialiste et, par conséquent, sur la probabilité de sa désignation par les adhérents. En le relisant 10 mois plus tard, par curiosité, avouons que nous ne pensions pas si bien dire… Derrière ce qui s’apparente à un triomphe, l’interrogation principale que nous lancions est bien plus que jamais d’actualité : pourquoi faire ? Comme nous l’annoncions alors, le projet socialiste évidemment voté entre temps à l’unanimité n’est qu’un texte minimaliste, qui définit certes les contours d’une alternance, mais sûrement pas la stratégie de transformation, qui nous semble nécessaire. Quant aux propos de la candidate, au-delà de leur incontestable audace (provoquer comme elle l’a fait, juste avant leur vote, les élus, les enseignants, les parents d’élèves et les partisans les plus dévots des 35 heures, tout en positivant l’encadrement militaire et Tony Blair), ils manifestent un tempérament et, finalement, un sens politique hors du commun, mais ils ne dessinent qu’en pointillé la nature du changement envisagé. Tout au plus, peut-on noter, que la volonté de s’adresser en priorité aux couches populaires, s’il rejoint évidemment une nécessité évidente, ne dit pas encore grand-chose sur la façon de le faire : quid des minima sociaux, des services publics des quartiers, du logement social, de la lutte contre la précarité du travail…, plus généralement de la question sociale, dont on ne saurait prétendre qu’elle est soluble dans la question familiale… ? Reste à apprécier la mutation en cours au sein du PS. Au niveau des leaders, ce processus de désignation, qui sans être idéal marque un progrès certain, a pour premier résultat évident de finir de ringardiser, non seulement DSK (dont les qualités d’homme d’Etat mériteraient sans doute un meilleurs discours que celui d’une « social-démocratie » sans syndicats et donc vide de contenu) et Fabius (dont le talent oratoire a pour seul défaut de rappeler le fossé qui le sépare de son comportement au pouvoir), mais aussi L. Jospin, J. Lang, etc. Au-delà de ce changement de sexe, de génération et de manière d’être de sa candidate à la présidentielle, c’est une véritable mutation du PS, qui s’effectue avec un premier afflux d’adhérents à 20 euros, qui est un succès incontestable pour le maître manœuvrier que François Hollande a toujours été. On peut certes préférer pour le même montant de recettes de 4 millions d’euros les primaires à l’italienne (4 millions de votants à 1 euro chacun), mais convenons qu’il y a là un progrès évident de méthode ! Le PS était déjà une association à but électoral, bien plus qu’un parti de militants, et il le sera évidemment plus que jamais. Mais, avec la prochaine vague d’adhésion en préparation, c’est une véritable machine, clairement axée au centre gauche, de type catch all, de type parti démocrate à l’américaine (y compris dans ses modes de désignation), qui va sans doute finir de se mettre en place, et tolérant en son sein, sans plus de soucis idéologiques, les repentis de l’extrême gauche et les opportunistes du centre droit (à moins que l’on ne souhaite intervertir les appellations). Pour paraphraser un vieux slogan publicitaire : « Rocard l’avait rêvé, Ségolène et Hollande l’ont fait ». En cas de défaite électorale, ce processus sera évidemment contesté, mais sans doute plus retardé que réellement abandonné. Les nostalgiques regretteront la discontinuité (laissons la rupture à Sarkozy) avec l’histoire de la gauche française, largement semblable à ce qui se passe dans les autres pays européens (Royaume Uni, Italie, sans parler de l’Allemagne ou des Pays Bas). Les observateurs poseront la question de savoir si cela peut marcher. Les militants que nous sommes se demanderont surtout ce qu’il convient de faire dans une telle perspective. Car, désormais, la question nous est posée : comment faire avec Ségolène ? Même si nous continuons tous à partager la même attitude politique – rechercher, en toute circonstance, un dialogue constructif entre toutes les forces et toutes les sensibilités de gauche, ce qui légitime la nécessité d’un forum de la gauche citoyenne –, la situation nouvelle conduit à trois attitudes différentes, ce qui n’a rien d’étonnant, et peut même s’avérer complémentaire, au cours du temps, si nous savons préserver nos qualités de dialogue et partager une stratégie commune ? Le plus remarquable est que nos amis ont reconnu qu’au-delà des positions personnelles ou locales, les trois démarches relevaient bien de la même stratégie de transformation, qui anime le Forum de la gauche depuis ses origines, et cela sans même soulever aucune forme de tiraillement entre nous : sans prétendre caricaturer la position des uns et des autres, on pourrait sans doute conclure que tout le monde convient volontiers que le pire (et il n’est pas à exclure) serait que les trois attitudes échouent simultanément ! Car, au-delà du premier objectif qui est évidemment de battre la droite, et nous savons tous que cela passe désormais par un vote en faveur de Ségolène Royal, au premier ou au second tour, la deuxième ambition est, comme elle le dit elle-même, qu’ensuite elle « ne déçoive pas », passé l’habituel « temps de grâce », sous peine de laisser alors la voie libre au libéral autoritarisme à la française, probablement sous la forme d’un redoutable mélange sarko-lepeniste. En d’autres termes, nous savons tous qu’à un moment ou à un autre, il faudra bien que toute la gauche reprenne le dialogue et définisse des objectifs communs. Cela suppose des débats doctrinaux : où finit le social libéralisme et où commence l’anti-libéralisme est le plus urgent d’entre eux, et nous lui consacrerons notre prochain débat-buffet (avec notamment Claude Debons et Patrick Viveret, le 6 décembre prochain). Plus concrètement, cela nécessite aussi d’ouvrir les débats sur les contenus programmatiques, sur des questions aussi essentielles que la révision constitutionnelle, les politiques sociales, les questions écologiques ou encore européennes, ce que nous faisons par une comparaison systématique des programmes des uns et des autres avec nos propres propositions.
C’est notre vocation d’initier tous ces dialogues et de faciliter toutes les futures négociations ; c’est pourquoi le Forum de la Gauche Citoyenne se doit d’être plus actif que jamais, comme il est décidé de le faire, dès les prochaines semaines et les prochains mois.
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