Document sans titre

Exemple de menu en cascade
Dernière mise à jour : mercredi 19 novembre 2008
le navigateur libre firefox est conseillé pour ce site
Plan du site
Document sans titre

 




Bilan de l’automne 2006 (La navette N°15)
La navette N°15, 4 janvier 2007
mardi 9 janvier 2007



RTF - 62.3 ko
La Navette N°15

En cet automne, il en a été de la gauche française, comme du climat européen en général : doux et contrasté.

La douceur automnale a été d’observer, autour des deux principaux pôles, une vague d’adhésions sans précédent, qui s’explique sans doute en partie par la volonté de ne pas revivre un nouveau 21 avril et pour cela d’essayer de peser sur les évènements à l’intérieur d’une formation engagée dans la campagne.

- Du côté du PS, des dizaines de milliers d’adhérents, certes alléchés par le fait de pouvoir participer à une désignation « à prix cassés », mais qui le conduisent à une implantation jamais connue depuis la Libération, au point d’en changer probablement la nature. Il ne s’agit, certes, pas d’un parti social-démocrate ou travailliste, dont le grand nombre de membres est dû, en bonne partie, aux liens organiques avec une organisation syndicale, généralement unique. On pense plutôt au parti démocrate américain, visant à rassembler du centre droit à l’extrême gauche, comme le reconnaît, non sans naïveté, Besancenot : au bout du compte, il y a bien sûr toujours un PS, mais plus qu’un parti socialiste, c’est d’avantage un Parti de Supporters, et, du moins d’ici aux élections, le Parti de Ségolène.

- Or, dans le même temps, le « rassemblement unitaire anti-libéral », qui avait justement pour principale fonction de contrebalancer les tentations hégémoniques du PS, parvient à créer un véritable engouement militant, à travers plus de 700 collectifs locaux, qui associent pour la première fois de nombreux membres des mouvements sociaux et des militants politiques venus d’horizons très variés. Les premières étapes ont été franchies plus facilement qu’on pouvait le craindre : accord sur la stratégie (désistement à gauche ; soutien conditionnel, mais sans participation, à un éventuel gouvernement de gauche) et sur un programme de transformation, parfois hasardeux, sur le terrain institutionnel ou européen, notamment, mais qui avait l’immense mérite d’une co-élaboration avec l’ensemble des collectifs locaux. La densité des échanges programmatiques et le grand succès des meetings publics, à travers toute la France ont fait la preuve d’une grande potentialité, prolongeant et accentuant même la dynamique de la campagne victorieuse contre le référendum européen.

Le climat contrasté (le beau temps et la tempête) a été celui des résultats obtenus par chacun des deux pôles.

- Au PS, sur un même projet, voté avant l’été, de façon d’autant plus unanime, qu’il n’engage pas à grand-chose, la mêlée confuse d’une demi-douzaine (au moins) de prétendants, s’est transformé en une triangulaire faite dans les règles de l’art, où chacun a pu faire entendre sa petite musique pendant près de deux mois dans tous les médias, avec une transparence inédite, et tout cela pour déboucher sur le triomphe absolu de Ségolène Royal ! Du coup, celle-ci est non seulement assurée d’un soutien général de tous les socialistes (compte tenu des élections en cascades qui s’annoncent, n’importe quel autre candidat désigné, même plus difficilement, aurait bénéficié du même soutien intéressé), mais surtout, elle est incontestablement beaucoup mieux lancée dans l’opinion. Mêmes les défauts de sa candidature qui pouvaient paraître les plus évidents, ayant été largement ressassés durant cette primaire, ne l’ont pas empêché d’obtenir un résultat exceptionnel. Et voici que la magie de l’adoubement militant les transforme maintenant en autant de qualités : quand elle ne répond pas à une question, c’est parce qu’elle ne prétend pas avoir réponse à tout, et qu’il faut d’abord que les français donnent leur avis. C’est sa façon de faire de la politique autrement, ou, si on préfère, le minimalisme « hollandais », mis au service d’une habileté toute mitterrandienne.

- De l’autre côté, le bilan est malheureusement plus mitigé. Certes, le mouvement social garde son dynamisme et la fin de l’interminable crise de direction est une très bonne nouvelle. Mais, du côté des partis politiques, le bilan automnal est beaucoup plus affligeant : tout se passe comme si l’échec de la candidature unitaire, avait été délibérément préparé, d’abord par l’appareil de la LCR, puis par celui du PCF, alors même que plus de 700 collectifs locaux s’étaient mobilisés, regroupant des militants venus de toutes les familles politiques et des diverses composantes du mouvement social. Deux textes stratégiques et programmatiques (incluant 125 propositions), certes perfectibles, ont été pour la première fois adoptés. Mais les manœuvres des deux appareils nous renvoyé aux pires années de sectarisme de ces deux organisations : leur seul horizon est d’être, l’une devant l’autre, si possible devant Arlette Laguiller, et dans le meilleur des cas, remboursé de leurs frais électoraux… Tous les efforts de l’ensemble des non communistes (écologistes, socialistes, libertaires, membres des mouvements sociaux, militants associatifs, citoyens qui n’en peuvent plus…) et d’une minorité importante des troskystes et des communistes, ainsi que de nombreux intellectuels n’y ont finalement rien changé : les salles étaient déjà louées et les tracts tirés...

En d’autres termes, la catastrophe annoncée, par le double scrutin, présidentiel et législatives, à deux tours, est en train de se produire, sauf coup de théâtre : il n’y aura plus, au soir du 1er tour de la présidentielle, qu’une seule gauche institutionnelle, ce qui compromet d’abord son succès électoral, et fait qu’ensuite son éventuelle victoire ne laisserait place, dans le cas d’un reflux ultérieur de l’opinion, comme ce fut le cas, lors des trois expériences précédentes et des 15 ans de gouvernement à direction socialiste, qu’à la « résistible ascension » d’une alliance sarko-lepéniste, représentant une droite plus revancharde, plus réactionnaire et plus autoritaire que jamais.

Ceci étant, la politique ne s’arrête jamais et l’histoire ne manque jamais de ruse. Il reste de l’échec de la candidature commune à l’élection présidentielle, un fort potentiel militant qui se doit de poursuivre son action sur les ruines des deux vieux appareils de la gauche étatique, à commencer pour les échéances qui suivent, législatives et municipales, notamment. Bien entendu, il ne peut plus s’agir d’un « rassemblement unitaire anti-libéral » (chacun des termes est désormais dépassé), même si la lutte doit continuer plus que jamais contre le néo-libéralisme économique et financier (ne jamais oublier ce dernier aspect, né de la libération des mouvements de capitaux), évidemment productiviste, toujours réactionnaire dans l’ordre social, autoritaire et répressif dans l’ordre intérieur et diplomatiquement incapable de peser sérieusement « pour un autre monde ». Mais il faut, pour limiter la désespérance entraînée par cet échec, lancer très vite une initiative, qui tienne compte du dur échec subi.

Répondre à cet article











site réalisé avec SPIP