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République des parrains ou république citoyenne ? La Navette n°19 – 6 mars 2007 vendredi 16 mars 2007 par Dominique Taddéi
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La navette N°19, 6 mars 2007
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Le système de parrainage a été institué pour limiter le nombre candidatures à vocation commerciale ou excentrique. Il est évident que, dans l’actuelle campagne, au delà de la quarantaine de candidatures auto-proclamées, l’absence de tout filtre en eût entraîné des dizaines, voire des centaines d’autres, au point de dévoyer la campagne électorale et de finir d’en obscurcir le sens pour un grand nombre de citoyens. Le principe d’une limitation du nombre de candidatures étant manifestement nécessaire, la modalité aujourd’hui existante est réactionnaire dans son principe et de plus en plus immorale et anti-démocratique dans sa pratique : Réactionnaire, parce que sur le modèle des années 1870, elle est réservée aux seuls maires, conseillers et parlementaires et relève d’un parrainage « notable », qui enferme les élus dans un huis clos, où jeux tactiques et pressions inadmissibles l’emportent sur un accès équilibré de tous les courants autorisés (si on veut interdire le Front National, il faut le faire ouvertement) aux suffrages de tous les citoyens. Et pour juger de la pertinence d’une candidature, en quoi le maire rural (c’est l’immense majorité du collège des parrains), devrait-il se prononcer sur une personnalité qu’il ne connaît, comme tous les autres citoyens, que par la télévision et la presse, alors qu’il n’a évidemment pas été élu pour cela ? Immorale et démocratique, l’usage qu’en font les grands partis, qui obligent leurs élus et font du chantage sur les non inscrits, afin de modeler l’offre politique, en fonction de leurs propres errements tactiques : en 2002, Jospin multipliait les candidatures à gauche, en 2007 ; tandis que sa candidate prône la « démocratie participative », Hollande s’efforce de restreindre la participation au 1er tour des autres courants de la gauche, tout en se préparant à réclamer leurs voix au second ! Ainsi, le « milieu politique », de moins en moins représentatif, par l’abus du scrutin majoritaire et le refus du droit de vote aux immigrés, et de plus en plus décrié, pour le cumul des mandats et l’ensemble de ses pratiques, a-t-il choisi de s’afficher sous la forme scandaleuse d’une République des parrains ! Persister dans cette voie aurait évidemment des conséquences catastrophiques, notamment pour la gauche, non seulement au second tour des présidentielles, mais bien au-delà. La réponse d’un nombre grandissant de citoyens, parmi les plus défavorisés et parmi les plus jeunes ne pourrait être que la montée d’un mouvement de désobéissance civile, dont les chefs de partis ne mesurent manifestement pas l’ampleur, ni l’intensité. Dès lors qu’ils auraient montré l’usage privatif qu’ils font des voix obtenus, lors des scrutins précédents, en excluant les représentants de ceux qu’ils avaient pourtant appelé à voter pour eux au second tour, pourquoi faudrait-il que ces derniers votent désormais pour eux ? Et, plus largement, si on rabaisse de fait le suffrage universel à un suffrage censitaire, quelles voies restera t’il aux sans voix ? La liberté de candidatures est un principe démocratique essentiel qui ne peut pas être ainsi cadenassée ! C’est pourquoi, nous avions déjà réclamé il y a plus de 5 ans l’adoption d’une procédure de parrainage citoyen.
* * * Aujourd’hui, où tout est fait pour enfermer, dès le 1er tour, les citoyens dans un choix entre les trois candidats « bien pensants », nous demandons : Au delà de la présente élection, l’engagement ferme de tous les candidats à substituer à l’actuel parrainage des notables, dont les dérives s’aggravent, un parrainage citoyen. Celui-ci reposerait : soit sur un pourcentage minimum de voix obtenu lors d’un scrutin antérieur ; soit sur une pétition d’initiative citoyenne, reposant sur un grand nombre de signatures, à l’instar des référendums locaux, suivant une formule qui existe dans des pays démocratiques aussi différents que l’Autriche, la Finlande et le Portugal ? Refuser ces deux revendications démocratiques élémentaires reviendrait à s’enfermer dans une attitude suicidaire, non seulement pour les intéressés, mais pour l’ensemble de la gauche et pour la démocratie. |
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