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En hommage à Bruno Trentin
Par Jean-Louis Moynot, Nouvelle Vie Ouvrière (NVO)
Première publication : 7 juillet 2007, mise en ligne: mercredi 30 janvier 2008



Bruno Trentin, ancien secrétaire général de la CGIL, est décédé à Rome, le jeudi 23 août 2007, des suites d’une violente chute de vélo, survenue en août 2006, dont il ne s’était pas remis. Il a été un dirigeant syndical d’exception et a joué un rôle important dans la gauche italienne.

Son parcours militant, dans des circonstances historiques qui commencent avec la seconde guerre mondiale, témoigne de la profondeur et de l’intelligence de son engagement. Né en France où sa famille est exilée (son père, professeur d’université, ayant refusé de se soumettre au régime mussolinien), Bruno entre très jeune dans la Résistance en France, puis rejoint à 16 ans les partisans italiens en guerre contre le fascisme. A 18 ans, il commande une brigade du mouvement Justice et liberté et sera l’un des acteurs des accords politiques de la libération de son pays. Puis il reprend ses études en Italie, complétées aux Etats-Unis. En 1949 il entre à la CGIL, au Service des études économiques. C’est un choix réfléchi de mettre ses compétences au service de la classe ouvrière.

Il devient des années plus tard un dirigeant élu et sera secrétaire général de la Fédération italienne des ouvriers de la métallurgie (FIOM) de 1962 à 1977. Principal leader des luttes et des victoires revendicatives de 1969 dans cette industrie, ayant amené le patronat à concéder une forme de contrôle des ouvriers sur leurs conditions de travail, il acquiert une très grande popularité dont il se servira pour innover et poser sans répit les questions non résolues. Il a été l’artisan d’une forme avancée d’unité syndicale avec la création de la FLM, dont sont membres les trois fédérations italiennes de la métallurgie. Il influence les différentes étapes qui vont des Conseils d’usine à la Représentation syndicale unitaire dans les entreprises.

Très tôt conscient des effets de la mondialisation, il devient en 1977 secrétaire confédéral de la CGIL, en charge des questions économiques, et s’efforce de promouvoir une stratégie syndicale cohérente qui puisse s’inscrire dans une stratégie unique en Europe. Elu secrétaire général en 1988, il fait débattre et adopter cette stratégie par la CGIL. Il est aussi le promoteur de grands accords tripartites entre gouvernement, syndicats et patronat. Il s’efforce toujours de maintenir et faire progresser l’unité avec les autres centrales, même et surtout lorsqu’elle se distend. Il assume avec un grand courage les responsabilités des forces démocratiques pendant les années de plomb.

Européen de toujours, admiré et respecté au sein de la CES, il y milite pour qu’elle devienne une organisation syndicale au sens plein du terme à laquelle les centrales nationales délèguent de vraies responsabilités. C’est la ligne qu’Emilio Gabaglio s’efforcera de promouvoir et dont les idées sont encore à l’ordre du jour des débats d’aujourd’hui.

Bruno avait aussi un engagement politique. Il avait adhéré dès 1950 au Parti communiste italien, dont il a été député à une époque où ce cumul avec les responsabilités syndicales était courant en Italie. Mais il a été de ceux qui ont décidé d’y renoncer pour faire progresser l’unité syndicale. Il a cultivé son expérience et sa pensée politique en influant sur les débats de son parti et de la gauche italienne, mais sans cesser de défendre l’indépendance et l’unité syndicales. Après la fin de son mandat de secrétaire général, son expérience a trouvé à s’employer au Parlement Européen dont il fut député (DS).

Tout au long de sa vie, Bruno Trentin a travaillé intellectuellement sur les questions syndicales et politiques. Il a promu la recherche dans le monde syndical, il a écrit des livres sur les acquis de ces travaux et de l’expérience. Intellectuel et syndicaliste, innovateur permanent, grande figure et précurseur des progrès du syndicalisme, il n’hésitait pas à s’exprimer à contre courant, mais toujours dans le sens du même engagement.

J’ai vraiment rencontré Bruno en juillet 1978, au cours d’un séjour personnel à Rome dont le but était de mieux comprendre le mouvement syndical italien. C’était le moment de la préparation du 40^ème congrès de la CGT. Très vite, nous sommes devenus amis et nous avons beaucoup échangé par la suite. Je veux aussi témoigner de la chaleur et de la qualité de ses sentiments. L’hommage que lui a rendu la CGIL le lundi 27 août, en présence des plus hautes autorités du pays et devant de nombreux militants, a été particulièrement émouvant.

Jean-Louis Moynot

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