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L’Europe, au milieu des tensions inter-impérialistes
La Navette n° 25 – 4 février 2008
jeudi 7 février 2008



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La Navette N°25, 4 février 2008

L’Europe se trouve dans une situation qui ressemble à celle d’il y a un siècle, quand s’affrontaient les impérialismes anglais et français installés, et l’impérialisme émergent de l’Allemagne. Comme à cette époque, l’impérialisme est fait de l’interaction de forces géo-politiques et d’accumulation financière, à l’échelle planétaire. Or, le néo-impérialisme américain est manifestement en train de perdre son hégémonie : les USA n’ont plus pour clients obligés que ceux qui pensent avoir besoin de leur bouclier : Japon, pétro-monarchies du Golfe, Israël ; le sauvetage de ses banques et de ses hedge funds par des fonds souverains est un signe fort, parmi bien d’autres, de ce déclin relatif. En face, la Chine, le pays le plus peuplé du monde, et la Russie, le pays le plus vaste, connaissent une croissance unique dans l’histoire : leurs régimes politiques sont, en fait, très semblables et leurs ressources complémentaires (la main d’œuvre de l’une et les matières premières de l’autre). Leur partenariat stratégique se concrétise déjà dans tout l’est de la Sibérie, ou dans la crise iranienne.

Ainsi, résultat d’un affaiblissement séculaire, l’antagonisme principal n’est plus en Europe, même si nous en sommes inévitablement partie prenante :
- soit comme élément du problème, si nous perpétuons la logique de vassalité atlantique qui fut la nôtre depuis 1945 : c’est la ligne de pente des pays d’Europe de l’est, par peur du voisin russe, ou encore du Royaume Uni, par proximité culturelle.
- soit comme élément de la solution, si nous savons constituer une force médiatrice, capable d’imposer la coopération plutôt que le conflit, entre les impérialismes déclinants et émergents, avec d’autres puissances (Inde, Afrique, Amérique latine et une partie des pays arabes), mais aussi avec la multitude des citoyens du monde, dont la mouvance altermondialiste constitue l’aile militante.

L’Allemagne et la France, et avec eux une majorité des pays de l’Europe continentale, et surtout l’opinion publique internationale, ont su manifester leur indépendance durant la seconde guerre d’Irak. Mais, c’est à froid que les grands choix stratégiques doivent être débattus. Le renforcement de la coopération au sein de la zone euro est ainsi bien plus qu’une évidence économique et sociale : cette nouvelle Europe des 15 doit être en situation de faire face à l’inévitable dévalorisation du dollar ; à plus long terme, elle doit avoir l’ambition d’initier, à l’échelle planétaire, de nouvelles régulations multipolaires, à travers une réforme du système des Nations unies, incluant le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC, un renforcement du droit international, un renforcement des droits collectifs et individuels, la sauvegarde des biens publics, s’appuyant sur l’action des ONG.

Tout le monde sait qu’une grande Europe, qui va encore s’élargir, a besoin d’un noyau dur. Celui-ci doit être géo-politique et financier : il a les contours de la zone euro.

Dominique Taddei Co-animateur du FGC

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